Marchands d’armes. Enquête sur un business français

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps de Politique étrangère (n°1/2018). Lucie Béraud-Sudreau propose une analyse de l’ouvrage de Romain Mielcarek, Marchands d’armes. Enquête sur un business français (Tallandier, 2017, 112 pages).

Alors que les ventes d’armes françaises retentissent à la une des médias – comme ce fut encore le cas en décembre 2017 lors de la vente de 12 avions de combat Rafale supplémentaires au Qatar –, l’ouvrage de Romain Mielcarek arrive à point nommé. Les livres traitant de la politique d’exportation d’armements demeurent rares, et encore plus ceux qui adoptent un point de vue nuancé sur les succès à l’export français. Le dernier de cet ordre paru il y a quelques années est celui de Jean Guisnel, Armes de corruption massive. Secrets et combines des marchands de canons (La Découverte, 2011). Marchands d’armes est donc une ­contribution bienvenue au débat public.

L’auteur aborde les différents aspects des exportations d’armements : les enjeux économiques et industriels, le rôle de soutien du gouvernement français, les États clients, les affaires, les liens entre politique d’armement et politique d’exportation. Un lecteur novice y trouvera donc son compte pour comprendre ce que représentent les ventes d’armes en France.

Un apport important est la richesse des témoignages recueillis. Romain Mielcarek a en effet interrogé de nombreux acteurs, qui racontent leurs métiers et, à travers eux, les différentes facettes des ventes d’armes. On trouve ainsi parmi les personnes interrogées des industriels, issus tant des petites et moyennes entreprises que des grands groupes, et à différents postes, des personnels de l’administration, des chercheurs spécialisés, des politiques tels que des membres de cabinet, et bien sûr des militaires. L’un de ces témoignages soulève d’ailleurs une question intéressante sur la politique française d’exportation d’armements vis-à-vis de la Chine. Comme l’auteur le relève lui-même, la France applique un embargo sur les matériels de guerre contre la Chine, décidé avec ses partenaires européens suite à la répression de Tian’anmen en 1989. Pourtant, l’un des industriels interviewés rapporte vendre des ordinateurs de bord pour des blindés chinois et envisager un partenariat avec NORINCO, l’un des principaux groupes de défense de la République populaire de Chine.

Aux côtés de ces indéniables qualités, on notera cependant quelques faiblesses dans cet ouvrage, dues en partie à son ambition plus pédagogique qu’académique. Le titre tout d’abord porte à confusion, puisqu’il mentionne un « business français » alors qu’il s’agit d’un business mené par de nombreux États. Ensuite, certaines des données citées sont peu précises. Lorsque l’auteur cite les chiffres des volumes de ventes à l’export, il ne précise pas s’il s’agit des prises de commandes (contrats signés) ou des livraisons (armements effectivement remis au client, ce qui peut parfois différer fortement des montants des contrats). Dans le même ordre d’idées, on note une erreur factuelle sur le contrôle des exportations d’armement : Romain Mielcarek décrit un processus administratif qui n’est plus en vigueur depuis 2014. Enfin, le style journalistique amène l’auteur à employer des concepts sans recul, tels que « complexe militaro-­industriel » ou « course aux armements», qui ont été largement sinon remis en cause, tout du moins fortement débattus dans la littérature académique. Ces diverses approximations sont regrettables mais l’ouvrage dans son ensemble reste un apport bienvenu au débat public sur les ventes d’armes.

Lucie Béraud-Sudreau

Pour vous abonner à Politique étrangère, cliquez ici.

Ce contenu a été publié dans Revue des livres, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.