Sortir de la guerre en Bosnie-Herzégovine

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne de Politique étrangère (n°3/2017). Thibault Boutherin propose une analyse de l’ouvrage de Cécile Jouhanneau, Sortir de la guerre en Bosnie-Herzégovine (Karthala, 2016, 384 pages).

Voici le résultat d’un travail audacieux, d’une qualité et d’une ampleur qui méritent d’être soulignées. Il est né sous les meilleurs auspices : il s’agit d’une version remaniée de la thèse de doctorat en science politique soutenue par l’auteur à l’Institut d’études politiques de Paris en 2013, sous la direction de Jacques Rupnik et Marie-Claire Lavabre. Travail ambitieux : il entend tester la validité – d’aucuns préciseraient la réfutabilité – des lectures des débats et des antagonismes politiques en Bosnie-Herzégovine selon des lignes de rupture strictement ethno-nationales. Les processus de stabilisation, de construction étatique et, à terme, d’intégration européenne ont un préalable impérieux : celui de la pacification du pays, dans toutes ses composantes et notamment nationales, y compris à l’échelle locale. Or, celle-ci est conditionnée par un travail de mémoire tel qu’il a dû s’opérer dans d’autres régions d’Europe et du monde. Continuer la lecture

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Arctique : une exploration stratégique

Le blog Reflets du Temps, qui consacre une large place aux questions internationales, a publié le 28 octobre un article mettant à l’honneur le numéro d’automne (n° 3/2017) de Politique étrangère : « Arctique : une exploration stratégique ».

Dans son numéro d’automne, la revue de PE de l’IFRI nous emmène en deux endroits du monde, à la fois connus de chacun d’entre nous, mais souvent embarrassés de représentations fantasques ou incomplètes. L’Arctique d’abord, qui fera l’objet de cette recension, mais aussi L’Arabie Saoudite en question qui nourrit deux articles passionnants et complémentaires de la rubrique Contrechamps (ainsi de celui intitulé « Arabie Saoudite, faux ami ou vrai ennemi ? »).

En dehors de l’introduction, « Les dynamiques géopolitiques de l’Arctique », pas moins de trois forts articles nous emmènent là-haut, dans les glaces qui fondent, où les appétits se déchaînent, et où, probablement pourront se jouer, demain, quelques cartes maîtresses d’importance du monde à venir. L’introduction le pose d’emblée sur la table : « Les dynamiques s’inscrivent à la fois dans un contexte régional caractérisé par des revendications territoriales, et dans un contexte global marqué par des tensions accrues entre Russie et Occident ».

« Comprendre les rivalités arctiques » revient utilement sur un espace qui fut stratégique durant le dernier conflit mondial, ainsi que pendant la guerre froide, pour ensuite s’assoupir. Territoires – 15 % de la planète pour 4 millions d’habitants – qui actuellement concentrent bien des regards, tant inquiets (marqueur terriblement spectaculaire du réchauffement climatique) que concupiscents ; réserves considérables en matières premières et sources d’énergie, mais aussi route nouvelle Est/Ouest, rendue possible dans des eaux devenues plus navigables, sans oublier l’usage des mers, la pêche, et l’extension des plateaux continentaux. Tout étant en partie lié – d’un mal, un bien ? – à la fonte des glaces.

Les États de l’Arctique (Russie, Canada, USA, Islande, Danemark, Norvège, Suède, Finlande) sont tous membres de l’OTAN sauf évidemment la Russie. On saisit donc la portée stratégique de la zone dans la géopolitique actuelle, d’autant que passent le nez à la fenêtre, la Chine, ou l’UE, intéressés au plus haut point, bien qu’extérieurs.

Immenses anciens « déserts blancs », à la gouvernance particulière, ce que montre le second article « Le conseil de l’Arctique, la force des liens faibles ». Créé en 1996, ce conseil s’est d’emblée positionné en « soft law » ; le dialogue, la mise en place de projets de coopérations, notamment scientifiques, étant le mode choisi de fonctionnement. Une forte dépolitisation caractérisait les débats, considérant comme extérieurs à leurs pouvoirs toute position de médiation ou de prise en mains des conflits. Le sujet pressant du changement climatique et de ses diverses implications bien au-delà des frontières de la zone arctique, exige depuis peu un fonctionnement – et des institutions – moins « soft ». Des États observateurs (dont la France depuis 2000) participent dorénavant au conseil ; les ordres du jour se penchent sur des revendications de peuples autochtones, la délimitation des lignes côtières, la souveraineté au-delà des zones économiques exclusives. Même si la construction institutionnelle impose encore à ce jour une gouvernance non coercitive, se tenant fortement éloignée des problématiques militaires, le climat général change, et le conseil évolue, piloté par faits et demandes même extérieurs à la zone. […]

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L’Afrique des possibles

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne de Politique étrangère (n°3/2017). Clélie Nallet, chercheur au Programme Afrique subsaharienne de l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage Pierre Jacquemot, L’Afrique des possibles. Les défis de l’émergence
(Karthala, 2016, 336 pages).

L’« émergence » africaine est devenue un thème routinier des cabinets de conseil en investissement, de la littérature économique en général, et de la communication d’un nombre croissant d’États africains. Les dynamiques socio-économiques et politiques que recouvre le récit de l’émergence du continent sont néanmoins complexes. L’ouvrage de Pierre Jacquemot en offre un panorama complet et nuancé. Continuer la lecture

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Armoured Warfare

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne de Politique étrangère (n°3/2017). Rémy Hémez propose une analyse de l’ouvrage d’Alaric Searle, Armoured Warfare: A Military, Political and Global History (Bloomsbury, 2017, 288 pages).

Alaric Searle ambitionne d’écrire une histoire du combat blindé dépassant l’étude d’une campagne, d’une armée nationale ou des technologies. L’approche suivie par l’auteur est chrono­logique, chaque chapitre éclairant un moment phare de l’évolution du combat blindé.

Après une introduction qui revient notamment sur la terminologie utilisée, le livre s’ouvre logiquement sur les débuts des chars d’assaut pendant la Première Guerre mondiale. Les résultats initiaux sont décevants. Les problèmes mécaniques sont multiples et une doctrine d’emploi performante fait défaut. Les progrès sont cependant rapides et, en 1918, l’efficacité militaire des chars s’est largement améliorée. Continuer la lecture

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Chine, les visages de la justice ordinaire

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne de Politique étrangère (n°3/2017).
Émilie Frenkiel propose une analyse de l’ouvrage de Stéphanie Balme, Chine, les visages de la justice ordinaire (Presses de Sciences Po, 2016, 336 pages).

Dans cet ouvrage qui se veut synthétique et pédagogique sur l’évolution de la justice depuis la fin de la Révolution culturelle, Stéphanie Balme rassemble le fruit de plusieurs années de recherches et d’enquêtes de terrain. Elle y dresse un bilan contrasté : malgré la modernisation et l’importation du droit positif et l’importante place du droit dans la société chinoise (explosion des publications juridiques, conscience du droit, mouvement de défense des droits), on observe « des écarts béants » entre le discours officiel omniprésent sur l’importance du droit et du principe constitutionnel de « gouvernement conforme au droit » (yifa zhiguo), et la réalité. Continuer la lecture

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Kurdistan(s)

Nous vous invitons à relire le dossier « Kurdistan(s) » publié dans le numéro d’été 2014 (PE n° 2/2014) qui éclaire avec recul la complexe problématique kurde, au moment où celle-ci se pose de façon de plus en plus précise.

Relisez notamment :

« […] Victimes de l’histoire, ou d’eux-mêmes ? La vitalité de la poussée identitaire kurde attire aujourd’hui l’attention sur une diversité qui, en réalité, a toujours été porteuse de divisions. […] La projection d’une identité kurde commune doit beaucoup au travail de leur diaspora européenne, longtemps structurée autour du noyau des Kurdes de Turquie, majoritaires. Les dynamiques politiques aujourd’hui à l’oeuvre sur les terres d’origine des Kurdes posent à terme l’inévitable question de l’organisation politique globale et du leadership de la communauté. Reste à comprendre si les Kurdes souhaitent aujourd’hui avoir leur propre État, ou s’ils veulent plutôt trouver avec les États existants des arrangements politiques et sociaux viables, permettant de dépasser définitivement le négationnisme identitaire pratiqué jusqu’ici. » Continuer la lecture

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The Big Stick

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne de Politique étrangère (n°3/2017). Le Général Vincent Desportes propose une analyse de l’ouvrage d’Eliot A. Cohen, The Big Stick. The Limits of Soft Power and the Necessity of Military Force (Basic Books, 2017, 304 pages).

Voilà un puissant plaidoyer, à rebours de bien des idées reçues. Il ne surprend pas venant d’Eliot Cohen, penseur reconnu de la guerre et de l’usage de la force. Favorable à l’intervention américaine en Irak en 2003, il n’hésitait pas à affirmer que l’élection de Donald Trump « serait un désastre total pour la politique étrangère américaine ».

Solidement argumentée, la thèse de Cohen demeure simple : même s’il convient d’être prudent sur son usage, la puissance militaire américaine a ­toujours un rôle important dans la politique extérieure et la stabilité du monde dont l’Amérique, qu’elle le veuille ou non, demeure le gardien. Continuer la lecture

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