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La politique étrangère de la France : un cap pour les trente prochaines années

La rédaction a le plaisir de vous offrir à lire ce second article de notre nouveau numéro de Politique étrangère (n° 4/2021), disponible à partir du 10 décembre : Thierry de Montbrial, « La politique étrangère de la France : un cap pour les trente prochaines années ».

Peut-on tenter de définir une politique étrangère ?

Évitons une première confusion, bénigne mais qui existe cependant, entre ce qu’on nomme la « géopolitique » et la « géographie politique ». En France, on définit souvent la géopolitique à partir de l’approche d’Yves Lacoste : les « représentations » relatives aux territoires. Je préfère l’expression plus précise : les « idéologies » relatives aux territoires. Le mot idéologie est ici pris dans le sens de « système d’idées ». Ce que nous pensons des espaces géographiques, des populations qui y vivent, ne constitue pas une représentation abstraite mais est profondément ancré au cœur de chacun, dans les têtes de chacun, dans des montages idéologiques qui habillent aussi des intérêts divers.

Mais beaucoup de problèmes internationaux s’inscrivent dans une logique géographique clairement extérieure à l’ordre idéologique. Par exemple, la régulation du trafic aérien civil ou nombre de problèmes économiques, d’un point de vue pratique, relèvent de logiques de politiques géographiques, ou de la géographie politique. Ce qu’on nomme la « géopolitique » ne recouvre donc pas la totalité du champ des questions territoriales.

Les « invariants » de la politique étrangère de la France, Jean-Baptiste Duroselle (1986)

En cette période de confinement liée à l’épidémie de coronavirus, la rédaction de Politique étrangère vous offre de (re)lire des textes qui ont marqué l’histoire de la revue. Nous vous proposons aujourd’hui un texte de Jean-Baptiste Duroselle, « Les « invariants » de la politique étrangère de la France », publié dans Politique étrangère en 1986.

Albert Demangeon, André Siegfried : j’ai eu le privilège d’être l’élève du premier, mort au moment de la défaite française, et, sans l’être directement, du second, j’ai subi profondément son influence. Et voici mon problème. Ces deux très grands géographes eussent-ils accepté la notion d’« invariant » ? Parce que l’homme est l’homme, avec la même structure cérébrale depuis 35 000 ans, il y a peut-être pour lui des « régularités » : la guerre périodique, la dissémination des techniques, etc. Mais l’homme français est-il déterminé de quelque façon par cette réalité géographique qu’est la France ? Certes oui ! aurait répondu Ratzel, le grand géographe allemand de l’« espace », qui fleurissait avant 1914, et s’est trouvé, sans le vouloir, être l’inspirateur des géopoliticiens. Je pense que Demangeon et Siegfried auraient répondu non !, le second peut-être moins fermement que le premier.

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