PE 2/2014 dans Les Echos : “La Turquie d’Erdogan engluée dans ses contradictions”

EchosJacques Hubert-Rodier cite le dossier spécial “Kurdistan(s)” du numéro 2/2014 de Politique étrangère dans Les Échos du 17 octobre (voir l’article original).

La politique de la Turquie face à la question kurde et à la guerre civile en Syrie est de moins en moins lisible. Le rêve d’Erdogan de faire de son pays une puissance émergente indispensable s’éloigne de plus en plus.

Un éditorialiste du quotidien « Hürriyet » écrivait récemment que la Turquie est confrontée à une équation complexe avec trois variables : l’Etat islamique, le régime de Bachar Al Assad et le PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, dirigé depuis sa cellule par Abdullah Ocalan. En fait, il s’agit de trois ennemis mais dont les menaces ne sont pas identiques aux yeux du gouvernement turc. Recep Tayyip Erdogan, le premier président de la République turque élu au suffrage universel en août dernier, après avoir été Premier ministre plus de onze années, a donné l’impression que le pire de ses ennemis était le PKK, suivi du régime des Assad, qui, à plusieurs reprises dans l’histoire, a donné un coup de main aux Kurdes syriens et a même abrité des attaques du PKK contre des cibles en Turquie. En dernier viendrait le danger de l’Etat islamique à ses frontières. Ce classement des menaces pesant sur la Turquie est vraisemblablement beaucoup plus compliqué. Continue reading

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Du golfe aux banlieues. Le salafisme mondialisé

AdraouiDans cette recension, Amel Boubekeur propose une analyse de l’ouvrage de Mohamed-Ali Adraoui, Du golfe aux banlieues. Le salafisme mondialisé  (Puf, 2013, 248 pages).

Privilégiant une approche ethnographique, Mohamed-Ali Adraoui analyse la manière dont le choix du salafisme par de jeunes musulmans français habitant en banlieue transforme leurs expériences de relégation sociale, politique et économique. De manière judicieuse, l’auteur démontre que le salafisme est capable de s’adapter à divers environnements en proposant à ses adeptes des modes de politisations idoines.

Pour Adraoui, ce sont les facteurs sociaux, plus que l’attrait pour des normes religieuses spécifiques, qui expliquent le choix du salafisme en France. En devenant salafis, les adeptes substituent au sentiment d’impuissance né de leur exclusion des espaces majoritaires une désocialisation assumée et valorisante. Plutôt que d’accepter l’étiquette de banlieusards culturellement inadaptables, ils choisissent de devenir des musulmans véridiques, persécutés car leur foi authentique contrevient à l’ordre majoritaire impie. Les controverses cycliques sur le voile, l’islamophobie ou les caricatures du prophète Mohammed seraient les manifestations probantes de ce complot. Le mode de vie salafi, avec ses phrases ponctuées de mots arabes et ses longues tuniques orientales, devient un moyen de renouer avec la culture de leurs parents – majoritairement originaires d’Afrique du Nord – dépréciée par l’expérience migratoire. Pour les convertis salafis d’origine antillaise, portugaise et espagnole, pouvoir être ostensiblement croyant est aussi une occasion d’assumer la continuité d’un engagement postchrétien souvent raillé dans l’espace séculaire. Le caractère ultra-minoritaire du salafisme face à la masse de musulmans ayant délaissé le vrai islam devient le signe que l’on est à l’avant-garde du vrai islam, élu de Dieu. Contrairement aux autres mouvements islamiques, les salafis savourent le fait d’être des happy few et, en conséquence, ne s’engagent pas dans une prédication de masse visant à convaincre l’humanité du bien-fondé de leur pratique. Continue reading

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Les Français jihadistes

ThomsonCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Marc Hecker propose une analyse de l’ouvrage de David Thomson, Les Français jihadistes (Les Arènes, 2014, 256 pages).

David Thomson, journaliste à Radio France Internationale (RFI), est un spécialiste de la mouvance djihadiste. En 2012-2013, il a réalisé le documentaire « Tunisie : la tentation du djihad », se concentrant sur le groupe Ansar al-Charia, dirigé par un ancien lieutenant de Ben Laden, Abu Iyadh, libéré des geôles tunisiennes lors du renversement de Ben Ali. Ce groupe s’est notamment distingué en septembre 2012 par une spectaculaire attaque de l’ambassade américaine à Tunis, au cours de laquelle des centaines d’individus ont pris d’assaut la chancellerie, brûlant des dizaines de véhicules, volant des ordinateurs et remplaçant la bannière étoilée par l’étendard noir du djihad. Parmi les assaillants se trouvaient des Français, dont certains combattent aujourd’hui en Syrie.

La Syrie – Sham, pour les djihadistes – est au cœur de l’ouvrage de Thomson. D’après les chiffres communiqués par les autorités françaises, environ 700 Français sont partis dans ce pays. Beaucoup d’entre eux ont rejoint les rangs des organisations sunnites les plus radicales comme Jabhat al-Nosra ou l’État islamique d’Irak et du Levant (EIIL). Si le phénomène des filières djihadistes n’est pas nouveau – on avait auparavant connu l’Afghanistan, la Bosnie, la Tchétchénie, l’Irak et le Mali –, la Syrie a suscité plus de vocations djihadistes parmi la jeunesse occidentale qu’aucun autre conflit. Continue reading

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Russia in Space. The Past Explained, The Future Explored

cover_front_455pxCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Guilhem Penent propose une analyse de l’ouvrage de Anatoly Zak, Russia in Space. The Past Explained, The Future Explored  (Apogee Prime, 2013, 316 pages).

Anatoly Zak est l’auteur du site RussianSpaceWeb.com, sans doute la meilleure source d’information en langue anglaise sur l’effort spatial russe depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui.

Même si Zak n’hésite pas ici à opérer certains retours historiques particulièrement bienvenus – notamment lorsqu’il s’intéresse à l’exploration au-delà de l’orbite basse –, l’ouvrage met avant tout l’accent sur le programme spatial postsoviétique. Le propos est clairement marqué par la rupture profonde qu’a constituée l’éclatement de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et la manière dont la Russie, reprenant de facto l’essentiel de son héritage, a tenté d’exploiter ce potentiel pour assurer sa survie, tout en n’incluant que tardivement – après l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine – l’espace à ses projets politiques. Aussi le spatial russe est-il présenté de manière assez classique à travers l’image du phœnix renaissant de ses cendres (chapitre III) après être passé par un cycle de mort (chapitre I) et de renaissance (chapitre II). Continue reading

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PE 3/2014, revue du jour des Echos

00-logo-lesechosLe numéro 3/2014 de Politique étrangère est revue du jour dans Les Echos du 3 octobre (voir l’article original). Jacques Hubert-Rodier revient sur le dossier « Chine : une nouvelle diplomatie ? »

Le menaçant face-à-face Shinzo Abe et Xi Jinping

LE THÈME La Chine et le Japon vont-ils se faire la guerre ? 53 % des Chinois et 29 % des Japonais le pensent, selon un sondage réalisé par le « China Daily » et un think tank japonais, Genron NPO. Mais, dans un texte publié dans « Politique étrangère », Céline Pajon, chercheur au centre Asie de l’Ifri, nuance cette sombre perspective. « Ni Pékin ni Tokyo ne souhaitent entrer en conflit ouvert, mais la tension d’une relation de plus en plus soumise à des logiques émotionnelles pourrait rendre une confrontation armée difficile à éviter en cas d’incident. » Le grand tournant dans le raidissement des positions est le « choc » de septembre 2010, lorsque Pékin avait réagi durement à l’arraisonnement par le Japon d’un chalutier au large des îles Senkaku/Diaoyu.

L’INTÉRÊT Derrière ces tensions se profile la grande compétition entre la Chine et le Japon pour modeler l’ordre régional et international le plus favorable à leurs intérêts. Et il semble que, si l’on peut éviter une « guerre chaude » entre les deux puissances, le refroidissement des relations est là pour s’inscrire dans la durée. Jusqu’à présent, Shinzo Abe et Xi Jinping ont évité de se rencontrer. A moins qu’ils y parviennent en novembre, en marge d’un sommet.

L’EXTRAIT « Le projet de “grand renouveau de la nation chinoise” et de “rêve chinois” de Xi semble s’opposer au “retour du Japon” qu’annonce Abe. »

Jacques Hubert-Rodier

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Regard critique sur certaines propositions de Piketty

PikettyNorbert Gaillard, auteur de plusieurs articles dans la revue Politique étrangère, discute certaines propositions émises par Thomas Piketty dans Le Capital au XXIe siècle (Seuil, 2013).

 À l’heure où la France est confrontée à une croissance quasi nulle et à une multiplication des jacqueries fiscales, il est utile de se replonger dans Le Capital au XXIe siècle publié par Thomas Piketty il y a un an ; non pas pour discréditer ses résultats ou contester le creusement des inégalités (tâches aussi stériles que ridicules), mais pour discuter de la pertinence de certaines de ses propositions.

 On approuve complètement l’auteur dans sa volonté d’intensifier les échanges d’informations fiscales entre États et d’accroître ainsi la transparence sur les patrimoines (p. 842). Sur ce point, on peut d’ailleurs regretter que l’Union européenne ne se soit pas montrée aussi déterminée que les États-Unis, en particulier pour ce qui est de ses relations avec les paradis fiscaux. Continue reading

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Non à l’Europe allemande. Vers un printemps européen ?

9782746734937FSCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Katrin Rücker propose une analyse de l’ouvrage de Ulrich Beck, Non à l’Europe allemande. Vers un printemps européen ?  (Autrement, 2013, 176 pages).

L’universitaire Ulrich Beck semble briser un tabou avec son nouveau livre, qui critique une « Europe devenue allemande ». Sa cible favorite est Angela Merkel, chancelière fédérale réélue au moment de la publication du livre. Liant la théorie du pouvoir de Nicolas Machiavel à sa propre théorie de la société mondiale du risque, il dénonce le « merkiavélisme » dont la légitimité d’action est fondée sur l’urgence d’agir face au risque. La théorie de la « société du risque » avancée par l’auteur est celle d’une modernité échappant à tout contrôle. Il l’applique ici à la crise européenne et à celle de l’euro. Faute d’une gouvernance efficace au niveau européen, les gouvernements capitulent devant la crise et participent à l’avènement de cette Europe allemande « nationalisée ». Assurée de la puissance économique de son pays, Merkel a saisi l’occasion d’asseoir son pouvoir. Combiner souverainisme et construction de l’Europe, l’art de la tergiversation comme stratégie disciplinaire, le primat de l’éligibilité nationale et la culture allemande de stabilité – voilà les quatre composantes du merkiavélisme. Sociologue, Beck propose de renforcer la « société européenne des individus » et de surmonter le souverainisme à l’aide d’un contrat social européen à la Jean-Jacques Rousseau. Ses constats de crise sont connus mais justifiés. Il campe pourtant sur les positions dépassées de la génération de mai 1968, née pendant la guerre (1944 pour Beck, 1945 pour Daniel Cohn-Bendit) et – de gauche ou de droite – habituée à générer de la dette au profit d’États et de technocrates toujours plus présents. Continue reading

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