Réflexions sur l’assombrissement du monde

Le numéro anniversaire de Politique étrangère (n° 2/2026) , qui célèbre les 90 ans de la revue, vient de paraître. La rédaction vous offre à lire l’un des articles : « Réflexions sur l’assombrissement du monde », écrit par Jean-Marie Guéhenno, professeur à l’université Columbia et ancien secrétaire général-adjoint de l’ONU pour les opérations de maintien de la paix.

Nous avons changé d’époque : la guerre et la violence sont entrées dans nos vies et se banalisent sans susciter beaucoup d’émoi. Les statistiques publiées par l’Institut de recherche sur la paix d’Oslo sont éloquentes : en 2024 – dernière année pour laquelle on dispose de données complètes –, le nombre des conflits s’est élevé à 61, répartis entre 36 pays, et le nombre des victimes à 129 000, un chiffre bien supérieur à la moyenne des trois dernières décennies. La guerre de haute intensité est de retour, de plus en plus violente : les interdits codifiés par les conventions de Genève après la Seconde Guerre mondiale tombent les uns après les autres. En Ukraine, des hôpitaux et autres infrastructures civiles sont régulièrement bombardés par la Russie ; à Gaza, la riposte israélienne à l’action terroriste du Hamas et du Djihad islamique palestinien a causé la mort de dizaines de milliers de civils, dont beaucoup de femmes et d’enfants, et il a fallu que la Cour internationale de justice rappelle à Israël son obligation de ne pas bloquer l’aide humanitaire. Au Soudan, les Forces de soutien rapide ont affamé, puis massacré, la population civile d’El-Fasher.

[CITATION] Éditorial PE n° 2/2026

Lisez l’éditorial du numéro anniversaire de Politique étrangère (n° 2/2026), écrit par Dominique David, rédacteur en chef.

Retrouvez le sommaire du numéro 2/2026 de Politique étrangère ici.

Joyeux 90 ans Politique étrangère !

Née en 1936 et éditée par l’Ifri, Politique étrangère, la plus ancienne revue française spécialisée dans les relations internationales, propose unnuméro exceptionnel pour célébrer son 90e anniversaire. Réunissant de prestigieux contributeurs français et étrangers, ce numéro ambitionne de dresser le panorama d’un monde incertain et de ses avenirs possibles. Dans un exercice inédit, Politique étrangère rassemble des contributions internationales d’un spectre très vaste pour tenter de saisir une scène à la fois ouverte et parcellisée, dans sa diversité et ses dynamiques. Analyses de fond des défis transversaux, interrogations sur les méthodes et structures de gouvernance, projections dans des futurs redoutés ou rêvés par des créateurs du monde entier, entre uchronies et facéties : les approches s’accompagnent, s’entrechoquent pour provoquer la réflexion.

[Extrait 1] « Il est de pétulantes nonagénaires… Par respect, on ne décrira pas ainsi Politique étrangère : elle est pourtant là, plus vive que jamais, à observer, à décrypter nos mondes. Des mondes, elle en a vu passer. Des années 1930 du XXᵉ siècle, avec les conflits ouverts ou promis, les perturbations naissantes au sud ou encore les projets d’ententes européennes, jusqu’au seuil des années 1930 du XXIᵉ siècle, autour d’obsessions parallèles, comparables : la guerre qui vient ou est là, les mues des rapports de puissance, une Europe incertaine d’elle-même, un Moyen-Orient toujours en feu… 

Une capsule temporelle. Les aventures du futur en Russie

À la suite du sondage réalisé sur ce blog, nous avons le plaisir de vous offrir en libre accès et en avant-première l’article du numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2026) que vous avez choisi d'(é)lire : « Une capsule temporelle. Les aventures du futur en Russie », écrit par Mikhaïl Chichkine, écrivain russe, qui a publié en 2025 Le Bateau de marbre blanc. Essais sur la culture russe (Paris, Éditions Noir sur Blanc, traduction de Maud Mabillard et Odile Demange).

Dans ce numéro anniversaire exceptionnel, la rédaction de Politique étrangère a demandé à des écrivains français et internationaux d’imaginer, de penser le monde de demain. Au-delà des stratégies politiques et diplomatiques, que peuvent nous dire les créateurs de tous univers et de tous continents sur l’avenir du monde ? Mikhaïl Chichkine, écrivain russe, s’est prêté à l’exercice.

[Extrait] En 2005, lors de travaux au théâtre dramatique de la ville de Nijni Taguil, dans l’Oural, une plaque métallique a été retrouvée dans la maçonnerie en briques : « Cette inscription a été murée le 15 mars 1954, sans orchestre ni applaudissements de la foule. Elle racontera à nos descendants que ce théâtre n’a pas été construit par des brigades komsomoles, comme les annales l’affirmeront par la suite, mais sur le sang et les os de prisonniers, esclaves du XXᵉ siècle. Salut à vous, générations futures ! Que votre vie et votre époque ne connaissent pas l’esclavage et l’humiliation de l’homme par l’homme. Avec nos salutations, les prisonniers I. L. Kojine, R. G. Charipov, I. N. Nigmatoulline. 15/03/1954 »

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