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Les voies de la puissance

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne 2022 de Politique étrangère (n° 3/2022). Guillaume Lasconjarias propose une analyse croisée des ouvrages de Frédéric Encel, Les voies de la puissance. Penser la géopolitique au XXIe siècle (Odile Jacob, 2022, 304 pages) et Mark Galeotti, The Weaponisation of Everything: A Field Guide to the New Way of War (Yale University Press, 2022, 248 pages).

Des armements de plus en plus chers, des opinions publiques de moins en moins tolérantes aux pertes et, d’une façon générale, des façons de s’affirmer qui ont évolué pour ne plus se résumer aux simples ressources naturelles, à une superficie ou à une démographie : si la compétition stratégique demeure une réalité à laquelle l’actualité renvoie quotidiennement, les approches et modes d’action se sont diversifiés. Partant d’un même constat, Mark Galeotti – que l’on connaît pour ses travaux autour de la Russie et la métamorphose de son art de la guerre devenu « hybride » – et Frédéric Encel redéfinissent les nouvelles formes de la puissance, où les États dessinent leur place dans un ordre du monde nouveau.

Demain, la Chine

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne 2022 de Politique étrangère (n° 3/2022). Charles-Emmanuel Detry propose une analyse croisée des ouvrages de Jean-Pierre Cabestan, Demain la Chine : guerre ou paix ? (Gallimard, 2021, 288 pages) et Kevin Rudd, The Avoidable War: The Dangers of a Catastrophic Conflict between the US and Xi Jinping’s China (PublicAffairs, 2022, 432 pages).

Si l’agression russe en Ukraine a ramené la guerre en Europe, c’est en Asie que menace d’éclater un conflit bien plus terrible encore, qui opposerait directement les deux États les plus puissants de la planète. Le danger d’un affrontement entre la Chine et les États-Unis est dans tous les esprits depuis une vingtaine d’années et semble aujourd’hui plus grand que jamais.

Écrits avant l’invasion du 24 février 2022, nouvelle étape dans la dégradation des relations sino-américaines, ces deux ouvrages ont pour objet d’évaluer ce risque pour mieux le conjurer.

War Transformed

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été 2022 de Politique étrangère (n° 2/2022). Morgan Paglia propose une analyse de l’ouvrage de Mick Ryan, War Transformed: The Future of Twenty-First Century Great Power Competition and Conflict (U.S. Naval Institute, 2022, 312 pages).

Dans une réflexion à la charnière d’une étude des processus d’innovation militaires et d’une analyse des transformations géopolitiques contemporaines, Mick Ryan, ancien commandant de l’école de guerre australienne, s’attache à distinguer ce qui relève de l’héritage des périodes antérieures, références historiques à l’appui, et de l’inédit de la période actuelle, à l’aube de la quatrième révolution industrielle.

The Inheritance

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été 2022 de Politique étrangère (n° 2/2022). Jean-Loup Samaan propose une analyse de l’ouvrage de Mara E. Karlin, The Inheritance: America’s Military after Two Decades of War (Brookings Institution Press, 2022, 320 pages).

Alors que le débat stratégique semble à Washington accaparé par la compétition stratégique entre les États-Unis d’un côté et la Chine et la Russie de l’autre, le livre de Mara E. Karlin vient nous rappeler combien la guerre contre le terrorisme a façonné l’armée américaine au cours des vingt dernières années. L’ouvrage se présente comme un véritable audit de l’outil de défense à l’aune de deux décennies de conflits au Moyen-Orient. Le propos de Karlin se veut donc moins géopolitique que sociologique. Laissant temporairement de côté la question éternelle des priorités stratégiques américaines entre Asie, Europe et Moyen-Orient, l’auteur se penche sur les traces laissées par les guerres d’Irak et d’Afghanistan sur le moral des troupes, ainsi que sur le processus décisionnel du Pentagone.

Certaines problématiques de The Inheritance sont déjà bien connues. L’auteur évoque ainsi les querelles entre décideurs civils et militaires. Elle rappelle l’épisode au cours duquel l’ancien secrétaire à la Défense Robert Gates donne la priorité aux ressources allouées à l’armée de Terre en Irak, au risque de s’attirer les foudres de l’armée de l’Air. Elle évoque aussi les vives oppositions, sous Barack Obama, entre la Maison-Blanche et la hiérarchie militaire autour du surge afghan en 2009. L’auteur revient enfin sur la célébrité, éphémère, de David Petraeus, pour mieux montrer les dérives impliquées par la « militarisation » de la politique étrangère américaine de ces dernières années.

Pour conduire ce travail, Karlin s’est appuyée sur une impressionnante série d’entretiens avec des officiers et cadres civils du département de la Défense, qui lui permet de saisir au plus près les tensions et les frustrations de l’armée américaine. La mobilisation de ces nombreux témoignages enrichit l’analyse, et la place à mi-chemin entre l’essai de sociologie militaire et le rapport ethnographique. L’originalité du livre vient aussi de la connaissance intime de son auteur pour le Pentagone : au cours des deux dernières décennies, Karlin a alterné entre des postes à l’université Johns Hopkins et au cabinet du secrétaire à la Défense. Avant même la parution de The Inheritance, elle a d’ailleurs à nouveau retrouvé le Pentagone en qualité d’Assistant Secretary of Defense, supervisant plus particulièrement la production de documents comme la National Defense Strategy.

L’enquête menée par Karlin relève d’une sociologie critique mais compréhensive de l’armée américaine. Sa ligne intellectuelle se veut bienveillante et surtout non partisane (prenant soin de rappeler les torts à la fois des administrations démocrates et républicaines). Les pages les plus saisissantes du texte voient Karlin interroger des officiers, jeunes mais aussi plus âgés, qui ne lui cachent pas leur sentiment d’incompréhension quant à ce que la guerre contre le terrorisme a pu représenter pour eux, pour l’ensemble de la communauté militaire, et en particulier pour ceux qui ont sacrifié leur vie en son nom. L’amertume est alors palpable dans les témoignages recueillis. Bien que le texte ait été écrit avant le retrait américain d’Afghanistan, il est difficile de ne pas voir dans ce désarroi un écho des émotions suscitées par l’évacuation de Kaboul à l’été 2021.

Jean-Loup Samaan

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