Étiquette : Récession

A Century of Fiscal Squeeze Politics

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps de Politique étrangère (n°1/2018). Norbert Gaillard propose une analyse de l’ouvrage de Christopher Hood et Rozana Himaz, A Century of Fiscal Squeeze Politics: 100 Years of Austerity, Politics, and Bureaucracy in Britain (Oxford University Press, 2017, 272 pages).

Christopher Hood et Rozana Himaz, tous deux chercheurs à l’université d’Oxford, présentent une étude remarquablement complète et pertinente de 100 ans d’austérité en Grande-Bretagne. La qualité de leur ouvrage repose sur un travail d’archives minutieux et une méthode d’analyse très rigoureuse. Considérant deux types possibles de politique d’austérité – celles qui augmentent le niveau des prélèvements obligatoires et celles qui réduisent les dépenses publiques –, les auteurs identifient 18 épisodes de rigueur budgétaire. Le premier remonte à 1916-1918, le dernier couvrant la période 2010-2015. Pour chaque épisode, les auteurs établissent une mesure qualitative du coût de l’austérité pour les citoyens, de ses effets sur la réputation de la majorité de l’époque, et du degré de consensus politique et social. Ils examinent également le contexte dans lequel ces programmes ont été instaurés, et rappellent leurs conséquences électorales.

The End of Normal. The Great Crisis and the Future of Growth

Cette recension d’ouvrages est issue de Politique étrangère (1/2015). Norbert Gaillard propose une analyse de l’ouvrage de James K. Galbraith, The End of Normal. The Great Crisis and the Future of Growth (New York, NY, Simon & Schuster, 2014, 304 pages) et de celui d’Atif Mian et Amir Sufi, House of Debt (Chicago, IL, The University of Chicago Press, 2014, 228 pages).

the end of normalLa crise économique que les pays industrialisés traversent depuis 2007 continue de susciter de nombreuses réflexions. Dans son dernier ouvrage, James Galbraith estime que cette Grande Récession est d’une nature radicalement différente des crises précédentes. Selon lui, quatre facteurs semblent indiquer que l’Amérique entre dans une période de stagnation durable qui ne serait autre que l’état normal du capitalisme, comme le défendaient dès 1966 les deux économistes néomarxistes Paul Baran et Paul Sweezy, que Galbraith cite abondamment. D’abord, la hausse du prix de l’énergie et l’inévitable adaptation aux changements climatiques pèsent négativement sur les stratégies des entreprises et les habitudes de consommation.

Against the Consensus. Reflections on the Great Recession

consensusCette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2014). Claudia Hulbert propose une analyse de l’ouvrage de Justin Yifu Lin, Against the Consensus. Reflections on the Great Recession, (Cambridge, Cambridge University Press, 2013, 276 pages).

Justin Yifu Lin, ancien économiste en chef à la Banque mondiale, signe un livre captivant qui remet en cause plusieurs piliers de l’analyse économique moderne. En analysant en profondeur la crise économique actuelle, l’auteur parvient à trois conclusions majeures.

Premièrement, les raisons habituellement invoquées pour expliquer la récession ne sont pas assez fondées. L’auteur s’oppose à l’idée répandue selon laquelle ce sont les différentiels de balances courantes (et en particulier les surplus importants en Asie du Sud-Est) qui, via des achats massifs de bons du Trésor américain, ont provoqué une pression à la baisse sur les taux d’intérêt aux États-Unis, entraînant une bulle du crédit. Pour lui, la dérégulation financière des années 1980, aux États-Unis puis en Europe, a généré de larges augmentations de liquidités qui ont nourri la bulle immobilière, gonflé la consommation et entraîné de larges déficits courants et des flux de dollars vers l’étranger. Le lien de causalité serait donc en quelque sorte inversé.

Deuxièmement, les théories récentes du développement seraient inadaptées à l’évolution actuelle de l’économie mondiale. Les pays ayant véritablement décollé économiquement depuis la Seconde Guerre mondiale ont suivi une double stratégie de soutien aux exportations et de protection des industries jugées prioritaires. Un modèle de développement adapté pourrait donc reposer sur une stratégie d’avantages comparatifs renforcée par un schéma de flying geese (littéralement : « oies volantes »), selon lequel des pays proches copient un pays à succès.

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