Fortifying China. The Struggle to Build a Modern Defense Economy

Cette recension est issue de Politique étrangère (4/2013). Yves-Heng Lim propose une analyse de l’ouvrage de Tsai Ming Cheung – Fortifying China. The Struggle to Build a Modern Defense Economy (Ithaca, NY, Cornell University Press, 2009, 296 pages).

80140100558080MS’il existe aujourd’hui une abondance d’ouvrages sur les forces armées chinoises et la modernisation rapide de ces dernières, plus rares sont ceux qui s’intéressent aux moyens industriels que se donne la Chine pour concrétiser de telles ambitions. L’ouvrage de Tai Ming Cheung vient donc combler un certain vide dans la littérature existante en traitant de la question de l’organisation de ce qu’il conviendrait sans doute d’appeler le complexe militaro-industriel (CMI) chinois. La principale interrogation traversant l’ouvrage porte sur l’évolution de la capacité du CMI chinois à produire et absorber l’innovation.

Les deux premiers chapitres proposent un rapide historique de l’organisation et des capacités du CMI chinois durant la période maoïste et des réformes engagées par Deng Xiaoping, rappelant notamment la différence d’organisation – donc de capacité à innover – entre les secteurs conventionnel et nucléaire (période maoïste) et les difficultés à sortir d’une logique d’« imitation duplicative », en dépit des réformes mises en places par Deng.

Les deux chapitres suivants retracent l’évolution du CMI chinois dans la période de l’après-guerre froide. La série de réformes drastiques mise en place notamment après 1998 a permis à la Chine de profiter pleinement des importations massives de matériel militaire russe. La réorganisation de la recherche et développement (R&D) et, malgré un important conservatisme, des industries de défense a notamment mené au développement d’une solide capacité d’« adaptation créative ». Pékin ne semble cependant pas devoir se satisfaire d’une telle capacité, et les efforts se sont récemment portés sur la création de synergies entre secteurs militaire et civil – en misant principalement sur le soutien que le second peut apporter au premier. Le décloisonnement des deux secteurs reste aujourd’hui inachevé, mais d’importants progrès ont d’ores et déjà été réalisés et sont notamment visibles dans les liens tissés par l’Armée populaire de libération (APL) avec les institutions de recherche comme la Chinese Academy of Science, ainsi qu’avec des entreprises de haute technologie, telle Huawei.

Le dernier chapitre pose naturellement la question de la capacité du CMI chinois à combler son retard vis-à-vis des États-Unis, s’intéressant plus particulièrement aux progrès chinois dans le domaine spatial.

En replaçant l’évolution du CMI chinois dans un temps long, le travail de Tsai Ming Cheung nous permet de mesurer l’extraordinaire chemin parcouru par celui-ci au cours des deux dernières décennies. Riche de détails, l’ouvrage permet une compréhension fine des déterminants institutionnels produisant – ou handicapant – l’innovation militaire en Chine. Plusieurs questions demeurent sous-jacentes : notamment le degré de compatibilité entre un pouvoir fortement centralisé et la nécessité d’une certaine décentralisation de la décision industrielle et économique – vue comme favorable, voire nécessaire, à l’innovation. Au-delà de la question de la possibilité du « rattrapage » des États-Unis par la Chine – qui occupe une large place dans la seconde moitié de l’ouvrage – se pose également de façon lancinante la question des objectifs que servent les gigantesques efforts consentis pour la modernisation du CMI chinois.

Yves-Heng Lim

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