Éthique des relations internationales

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (3/2014). David Cumin propose une analyse de l’ouvrage publié sous la direction de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Ryoa Chung, Éthique des relations internationales. Problématiques pour la paix (PUF, 2013, 474 pages).

Voilà un ouvrage bienvenu par sa qualité scientifique, son originalité matérielle et son utilité pédagogique. La personne humaine est douée de conscience, celle du bien et du mal, avec les dilemmes qu’elle pose. On retrouve ceux-ci – ou la simple interrogation : qu’est-ce que le bien et le mal ? qui les définit et selon quels critères ? – dans la vie des collectivités comme dans leurs rapports internationaux, qu’il s’agisse des décideurs ou des agents. La réflexion sur l’éthique dans les relations internationales s’est développée au croisement de la philosophie et de la politologie. Elle est surtout le fait d’universitaires anglo-saxons, comme le confirment les riches bibliographies terminant chacune des contributions de cet ouvrage. Le grand intérêt de cette œuvre pluridisciplinaire est ainsi de présenter la recherche britannique ou nord-américaine actuelle en la matière, et de contribuer à l’émergence en France ou dans le monde francophone d’une problématique éthique des relations internationales.

Une vingtaine de spécialistes reconnus, philosophes ou politistes français, belges, canadiens ou américains en exposent ainsi les grands thèmes à travers les rapports de l’éthique avec les théories des relations internationales, la mondialité ou le cosmopolitique, la guerre et l’humanitaire, la justice internationale, l’économie internationale, les générations, les migrations, l’environnement, la santé publique. Il manque sans doute deux chapitres concernant le droit et les espaces internationaux. Plus qu’un manuel, l’ouvrage est un recueil, en seize contributions stimulantes enrichies d’un index conceptuel, qui fait le tour de la littérature, invitant à l’élargissement ou à l’approfondissement de la réflexion, aussi bien au plan historique qu’au plan doctrinal. À cet égard, Pierre Hassner, qui le préface, indique des pistes et appelle à un second volume, autour de l’analyse des philosophes d’hier et d’aujourd’hui sur l’éthique et les relations internationales. Frédéric Ramel postface l’ouvrage sur l’idée de l’unité politique du monde.

Cette idée est en vérité – à titre de postulat ou d’horizon ? – l’axe, implicite voire inconscient, de ce recueil, dominé par la figure d’Emmanuel Kant. La philosophie politique des relations internationales peut être divisée, didactiquement, en deux courants interprétatifs : celui de l’universum et celui du pluriversum. Chacun ayant probablement sa philosophie de l’histoire : progrès vers la société mondiale puis l’État mondial d’un côté, cycle des puissances de l’autre. L’éthique individuelle ne peut être celle des collectivités, l’éthique du temps de paix ne peut être celle du temps de guerre – que la guerre soit « juste » ou « injuste » ; de même, l’éthique liée à la conception de l’universum diffère de celle liée à la conception du pluriversum. Il importe de prendre en compte cette dernière, de l’intégrer dans la discussion intellectuelle et de lui faire une place dans un prochain manuel.

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