Airpower Applied: U.S., NATO, and Israeli Combat Experience

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère (n° 4/2017). Rémy Hémez propose une analyse de l’ouvrage dirigé par John Andreas Olsen, Airpower Applied: U.S., NATO, and Israeli Combat Experience (Naval Institute Press, 2017, 432 pages).

Cet ouvrage collectif dirigé par John Andreas Olsen – colonel de l’armée de l’Air norvégienne et auteur de plusieurs ouvrages, dont A History of Air Warfare (Potomac Book, 2010) – rassemble cinq contributions couvrant, au total, 29 opérations aériennes. Il analyse de façon convaincante l’utilisation de la puissance aérienne par les États-Unis, Israël et, plus accessoirement, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).

La première contribution, écrite par Richard Hallion, se penche sur le cas américain, du début du XXe siècle à la guerre du Golfe (1990-1991). En 1914, la force aérienne de l’armée américaine est embryonnaire. Le pays aborde la Seconde Guerre mondiale avec une doctrine et des capacités aériennes déficientes. La puissance aérienne américaine n’apparaît véritablement mature qu’en 1944. Hallion décrit ensuite la guerre aérienne au Vietnam, mais aussi des opérations moins connues comme les frappes sur la Libye en 1986, en représailles à un attentat à la bombe ayant visé les intérêts américains. La guerre du Golfe est considérée par l’auteur comme une « révolution dans les affaires aérospatiales », et une apothéose de la puissance aérienne au XXe siècle.

Le deuxième chapitre, rédigé par Benjamin Lambeth, analyse huit opérations aériennes menées par l’OTAN, de Deny Flight en 1993 – première opération aérienne offensive de l’OTAN, consistant en la mise en place d’une zone d’interdiction aérienne au-­dessus de la Bosnie – à Inherent Resolve, opération aérienne toujours en cours pour lutter contre l’État islamique (EI) en Irak et Syrie. L’auteur souligne la faiblesse de l’engagement initial contre Daech, avec 412 sorties aériennes en cinq semaines. Sur une période équivalente, lors de Desert Storm, on en avait compté 48 224…

Alan Stephens revient quant à lui sur le rôle de la puissance aérienne dans les guerres israélo-arabes (1948-1982). Cette contribution est particulièrement intéressante, car elle analyse à la fois l’exploitation exceptionnelle faite par les Israéliens de la puissance aérienne, et l’incompétence chronique, dans ce domaine, de leurs adversaires arabes. Les développements sur la force aérienne égyptienne sont à cet égard remarquables.

La contribution qui suit, par Raphael Rudnik et Ephraim Segoli, est elle aussi centrée sur Israël, mais s’interroge sur ses opérations aériennes pendant les « guerres limitées » (1982-2014). Sept campagnes sont passées au crible. Les auteurs de ce chapitre montrent que l’armée de l’Air israélienne tend à se focaliser de plus en plus sur la « présence » aérienne, au détriment des « raids ». Il s’agit, notamment via les drones, d’obtenir du renseignement en temps réel, susceptible d’être utilisé pour des frappes ultérieures.

La dernière contribution est plus décevante, sans doute parce que la renommée de son auteur et l’originalité du sujet permettaient d’espérer mieux. John Warden cherche à déterminer ce qui caractérise l’aviateur militaire, mais le propos est trop caricatural pour être crédible. Warden estime en effet que seuls les aviateurs – par opposition aux militaires des autres armées – sont capables d’une véritable réflexion stratégique.

Cette réserve mise à part, Airpower Applied: U.S., NATO, and Israeli Combat Experience est un livre de grande qualité, qui offre une perspective passionnante sur le rôle politique, stratégique et opérationnel de la puissance aérienne.

Rémy Hémez

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