Auteur/autrice : Politique Etrangère Page 459 of 611

The ISIS Apocalypse

Cette recension est issue de Politique étrangère (1/2016). Jean-Loup Samaan propose une analyse de l’ouvrage de William McCants, The ISIS Apocalypse: the History, Strategy, and Doomsday Vision of the Islamic State (New York, St. Martin’s Press, 2015, 256 pages).

ISIS  Apocalypse_MECH_01.inddEn l’espace de deux ans, l’État islamique (EI) a généré une abondante littérature. Cet ouvrage propose de mettre en lumière une dimension peu ou mal comprise de l’organisation : sa rhétorique apocalyptique. McCants prend soin de souligner la particularité tant idéologique qu’opératoire de l’EI : le groupe est en effet le premier acteur depuis la chute de l’Empire ottoman à prétendre au statut de califat.

Il en ressort plusieurs clés de compréhension de l’EI. Tout d’abord, si l’EI est bien un descendant d’Al-Qaïda en Irak, sa stratégie s’en est dès le début distanciée. Ainsi, rappelle l’auteur, Ben Laden et Zawahiri ne proclamèrent jamais un califat qui devait, à leurs yeux, n’advenir qu’une fois les musulmans rassemblés contre l’impérialisme occidental. De plus, les attaques visant directement des musulmans en Irak et Syrie étaient jugées contre-productives par les leaders d’Al-Qaïda. L’EI, pour sa part, n’hésite pas à conquérir ses territoires par une campagne de terreur, et non de séduction, des populations.

Cela nous conduit à un phénomène particulièrement intéressant vers 2013-2014. L’émergence de l’EI et son ralliement par de nombreux djihadistes d’Al-Qaïda ont été entourés de débats internes et de controverses relayés par les réseaux sociaux, comme jamais cela n’avait été le cas dans l’histoire du terrorisme islamiste. Alors qu’Al-Qaïda prenait soin de contrôler les dissensions internes, les allégeances à Daech et les critiques à l’égard des autres mouvements (Jabhat Al-Nusra notamment) furent largement diffusées et discutées sur la toile. Il s’agit là aussi d’une dimension fondamentale de l’EI : son attention méticuleuse apportée à la propagande de masse.

Les droites extrêmes en Europe

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (1/2016). Yves Gounin propose une analyse de l’ouvrage de Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg, Les droites extrêmes en Europe (Paris, Seuil, 2015, 320 pages).

les droites extremes en europeLes « droites extrêmes » se caractérisent par leur diversité, justifiant largement l’usage du pluriel de préférence au singulier « extrême droite ». Elles se caractérisent aussi par leur plasticité intellectuelle (dont témoigne par exemple le nazi-maoïsme d’un Franco Freda) qui s’accommode mal d’être réduite à « un point ultime de l’axe linéaire droite-gauche ». Cela ne signifie pas qu’on ne puisse leur rechercher des caractéristiques communes. La première est l’organicisme, c’est-à-dire      « l’idée que la société fonctionne comme un être vivant ». Comme un être vivant, la société doit être défendue contre ce qui la menace (l’altérophobie, qui se décline selon les lieux et les époques en antisémitisme ou en islamophobie), et rassemblée autour de ce qui la constitue (l’autophilie, déclinée en suprématisme raciste ou en intégrisme religieux). Autre caractéristique : le sentiment de faire partie du camp des laissés-pour-compte (vaincus de la Révolution française, des Trente Glorieuses, de la chute du Mur, de la mondialisation…), et le désir de laver cette injustice. Au-delà de ces caractéristiques communes, les droites extrêmes peuvent se diviser en deux catégories. D’un côté les    « nationaux » conservateurs et réactionnaires, qui inscrivent leur action dans le jeu démocratique. De l’autre, les « nationalistes » révolutionnaires, plus jeunes et plus violents, résolument antisystème.

La responsabilité de protéger (R2P)

Cette recension d’ouvrages a été publiée dans le numéro de printemps 2016 de Politique étrangère. Rémy Hémez propose une analyse de l’ouvrage de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, La Responsabilité de protéger (Paris, Presses universitaires de France, 2015, 128 pages).

La responsabilité de protégerDocteur en sciences politiques et en philosophie, et spécialiste de l’éthique, Jeangène Vilmer s’attache ici à décortiquer le concept de « responsabilité de protéger » (R2P) apparu en 2001 et adopté par l’Assemblée générale des Nations unies quatre ans plus tard. Cette entreprise est particulièrement utile tant les préjugés sont tenaces à ce propos. La R2P a fait l’objet, dès le début, de nombreux débats. Si les États sont aujourd’hui d’accord sur sa définition, la façon de la mettre en œuvre suscite encore des controverses.

Dans cet ouvrage, l’auteur s’attache tout d’abord à explorer les sources du concept de R2P et démontre en particulier qu’il ne remet pas en question la souveraineté de l’État. Jean-Baptiste Jeangène Vilmer expose très bien la différence fondamentale entre la R2P et le devoir d’ingérence qui est une « immixtion sans titre, c’est-à-dire sans droit ».

C’est ensuite la période de conception de la R2P (2001-2005) qui est présentée et, en particulier, l’introduction du concept par la Commission internationale de l’intervention et de la souveraineté des États (CIISE), elle-même issue de la « doctrine Annan » et portée par la diplomatie canadienne. La R2P naît officiellement en 2005, et c’est l’objet du troisième chapitre de l’ouvrage.

« Chine, Inde : les firmes au cœur de l’émergence »

Cette recension d’ouvrages a été publiée dans le numéro de printemps 2016 de Politique étrangère. Norbert Gaillard propose une analyse de l’ouvrage dirigé par Jean-François Huchet, Xavier Richet et Joël Ruet, Chine, Inde : les firmes au cœur de l’émergence (Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015, 152 pages).

Chine Inde les firmes au coeur de l'émergenceCet ouvrage collectif analyse en profondeur l’essor des firmes multinationales (FMN) indiennes et chinoises depuis les années 1980.

Un premier chapitre compare l’évolution des politiques industrielles des deux nouveaux géants économiques. Le passage du socialisme au capitalisme indien s’est accompli sans véritable rupture. Les auteurs parlent de « continuité conglomérale » pour expliquer que cette lente mutation a profité à quelques grands groupes qui ont su s’internationaliser tout en maintenant leurs liens privilégiés avec la classe politique et la haute fonction publique. Le cas chinois est bien différent. Deux sous-périodes apparaissent : du grand tournant de la réforme en 1978 au milieu des années 1990, c’est l’ère du dirigisme avec la constitution de « champions nationaux ». Après 1995, ceux-ci seront rapidement supplantés par de grandes entreprises privées avec la bienveillance de l’État.

Le chapitre consacré aux FMN indiennes révèle comment elles ont su établir des partenariats avec des sociétés occidentales pour drainer techniques et savoir-faire, comme le montre le rapprochement entre Tata Motors et Fiat. En parallèle s’opèrent des spécialisations et des montées en gamme.

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