Catégorie : Revue des livres Page 75 of 286

Les comptes rendus de lecture publiés dans PE

Shutdown: How Covid Shook the World’s Economy

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps 2022 de Politique étrangère (n° 1/2022). Philippe Moreau Defarges propose une analyse de l’ouvrage d’Adam Tooze, Shutdown: How Covid Shook the World’s Economy (Viking, 2021, 368 pages).

La crise du coronavirus peut être analysée « comme la première crise globale de l’Anthropocène – une ère définie par un choc en retour provoqué par notre relation déséquilibrée avec la nature ». Ainsi se refermerait le demi-siècle (1970-2020) de l’âge néolibéral avec sa ligne de partage claire entre le technique et le politique (indépendance des banques centrales des gouvernements, dogme néolibéral des années 1970…). Cette crise multiforme (polycrisis) illustre la contraction massive de l’espace et du temps et les innombrables interactions dues à la mondialisation. Shutdown (fermeture définitive) couvre la période allant de la déclaration où Xi Jinping reconnaît l’apparition de la pandémie (20 janvier 2020) à l’investiture de Joseph Biden (20 janvier 2021). L’ouvrage, sans doute prisonnier de son sujet et de sa chronologie, laisse le lecteur sur sa faim.

Le Moyen-Orient au défi du chaos

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps 2022 de Politique étrangère (n° 1/2022). Jean-Pierre Filiu propose une analyse de l’ouvrage de Denis Bauchard, Le Moyen-Orient au défi du chaos. Un demi-siècle d’échecs et d’espoirs (Maisonneuve et Larose/Hémisphères, 2021, 378 pages).

Peu de personnalités françaises peuvent se prévaloir d’une expérience moyen-orientale de plus d’un demi-siècle. Denis Bauchard est membre de ce club très réservé puisque c’est en 1966 qu’il rejoint le Liban comme conseiller financier à vocation régionale. Il a pu ainsi se rendre par la route de Beyrouth à Bagdad, en passant par Alep et Mossoul, aller-retour aujourd’hui inconcevable. Il a aussi connu les protectorats britanniques du Golfe, alors bien modestes, solidaires pour résister aux ambitions saoudiennes, mais divisés entre les Émirats arabes unis, le Qatar, Bahreïn et Oman lors de leur accession à l’indépendance. Il a même été consulté par le président libanais lors de la banqueroute d’une des principales banques de Beyrouth. Au temps pour la « Suisse du Moyen-Orient » !

Bitskrieg: The New Challenge of Cyberwarfare

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps 2022 de Politique étrangère (n° 1/2022). Bertrand Boyer propose une analyse de l’ouvrage de John Arquilla, Bitskrieg: The New Challenge of Cyberwarfare (Polity Press, 2021, 240 pages).

Plus de trente ans après son article « Cyberwar is coming », coécrit avec David Ronfeldt, John Arquilla prolonge son étude de la conflictualité à l’ère numérique en appelant à un véritable changement d’approche. Soulignant les limites de la conception d’une défense statique de type « ligne Maginot », il poursuit la métaphore historique en posant le concept de « bitskrieg ». John Arquilla est un auteur reconnu sur les questions de cyberdéfense et sa proximité avec les sphères du pouvoir aux États-Unis depuis plus de trente ans en fait un témoin précieux pour appréhender les approches stratégiques développées outre-Atlantique.

La France dans le bouleversement du monde

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps 2022 de Politique étrangère (n° 1/2022). Denis Bauchard, ancien ambassadeur, propose une analyse de l’ouvrage de Michel Duclos, La France dans le bouleversement du monde (Éditions de l’Observatoire, 2021, 320 pages).

Michel Duclos propose une riche synthèse sur la place et le rôle de la France dans un monde dangereux et déboussolé. La fin de la guerre froide a déréglé la boussole stratégique que le président de Gaulle avait « léguée à ses successeurs ». Il s’est ensuivi une politique étrangère française fondée sur la priorité européenne, la gestion de crise et un « incontestable rapprochement sur le plan opérationnel avec les États-Unis ». Mais il en a résulté une « érosion du consensus » qui présidait à notre politique étrangère. La victoire américaine sur le communisme s’est accompagnée d’une « désoccidentalisation du monde », en clair une perte d’influence de l’Occident liée au choc du 11 Septembre, à la gravité de la crise de 2008 et à la montée en puissance de la Chine, à quoi s’ajoutent les effets pervers de trop nombreuses interventions guerrières qui ont abouti, notamment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, aux désastres que l’on connaît.

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