Étiquette : Frères musulmans

Histoire de Gaza

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (3/2012). Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen-Orient à l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Jean-Pierre Filiu, Histoire de Gaza (Paris, Fayard, 2012, 436 pages).

Ce livre est plus qu’une « étude de cas » et son propos dépasse la simple chronique historique : il débouche sur une réflexion qui dépasse ce territoire de 360 km2 et touche aussi bien la façon dont un mouvement islamiste prend le pouvoir que les incohérences de la politique israélienne.

La révolution arabe en dix leçons

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2011). Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen-Orient à l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Jean-Pierre Filiu, La Révolution arabe : dix leçons sur le soulèvement démocratique (Fayard, 2011).

Parmi les nombreux livres parus à la suite du « printemps arabe », on retiendra celui de Jean-Pierre Filiu. Publié d’abord en anglais aux États-Unis et traduit par l’auteur lui-même, il est sans doute l’un des plus stimulants. J.-P. Filiu essaie de dégager « quelques leçons » d’un processus qui est loin d’être achevé, car il s’agit bien, selon lui, de « La Révolution » avec un L et un R majuscules.
Après avoir fait la chasse aux idées reçues, il tire quelques premières conclusions. On ne peut que partager son analyse lorsqu’il écrit que les Arabes ne sauraient constituer une exception face à la démocratie et que les musulmans peuvent vivre dans des pays démocratiques. Il souligne à juste titre le rôle joué par la jeunesse, tout à la fois frustrée, mondialisée, numérisée, qui ne se reconnaît pas dans ces régimes oppressifs d’un autre âge. Il note le rôle d’accompagnement de la révolution des armées, décisif dans plusieurs pays. Il analyse l’embarras des mouvements islamistes, dont les Frères musulmans : ceux-ci n’ont joué aucun rôle dans le déclenchement de la révolution mais ont pris le train en marche avec un certain succès. Tout en évoquant le rôle des réseaux sociaux, il n’en surévalue pas l’importance. Il a raison de souligner que la question palestinienne non seulement n’a pas été évacuée, mais qu’elle demeure « au cœur » des opinions arabes. L’assaut donné à l’ambassade d’Israël au Caire le 9 septembre 2011 montre bien que le problème demeure entier.
« Vague historique » qui n’en est qu’à ses débuts, le « printemps arabe » a enclenché une dynamique qui n’est pas près de cesser de produire des effets. Certes, ce processus ne sera pas linéaire : il y aura des tensions, des crises, voire des retours en arrière. En effet, les révolutions arabes ont devant elles des défis de toutes sortes : sociaux, politiques, économiques. Comme le reconnaît l’auteur, « il faudra des décennies pour les surmonter ». Si le « mur de la peur » est tombé et si rien ne sera désormais comme avant, le calendrier et le point d’aboutissement du processus n’apparaissent pas encore clairement tandis que la contre-révolution s’organise autour de l’Arabie Saoudite.
Il est clair – et l’auteur en convient – que des risques existent pour ces révolutions : risques de récupération mais aussi de confiscation ou de restauration. À cet égard, le rôle que vont jouer les deux forces organisées existant dans le monde arabe – d’une part l’armée, d’autre part les mouvements islamistes, notamment les Frères musulmans – sera décisif dans le succès ou l’échec des révolutions.
Dans un article récent de la New York Review of Books, Hussein Agha et Robert Malley montrent que cette contre-révolution est en marche et qu’elle dispose d’atouts importants. Pour sa part, J.-P. Filiu est résolument optimiste. Souhaitons qu’il ait raison.

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Égypte : le PND au cœur du dispositif de succession

Alors que les premières élections de l’ère post-Moubarak ont actuellement lieu en Egypte, nous vous invitons à relire le dossier « Moyen-Orient: instabilités internes » publié dans Politique étrangère en 2007. Ce dossier comprenait notamment un article de Sophie Pommier intitulé « Egypte: le PND au coeur du dispositif de succession ». Cet article se terminait de la sorte: « Si la jeune génération se contente d’instrumentaliser le PND pour accéder au pouvoir, sans en maîtriser les mécanismes qui assurent le maillage et le contrôle du pays, le parti perdra sa principale raison d’être. La nature et le fonctionnement du régime en seraient profondément transformés et l’on entrerait dans une ère nouvelle, avec les risques afférents. Si, de plus, le pari de la réforme économique met trop de temps à se révéler gagnant, la situation pourrait devenir intenable. Que ferait alors Hosni Moubarak ? ».

* * *

L’échéance de la succession se profile en Égypte, dans le contexte d’une réforme, dans les faits limitée à la libéralisation économique. L’influence de Gamal Moubarak s’exprime dans un renouvellement des cadres du régime, et au premier chef dans le contrôle du Parti national démocratique, cœur de la vie politique égyptienne. Le congrès de 2006 du PND a marqué une étape dans l’ascension du fils du président, tout en mettant en relief des lignes de clivage au sein de l’appareil.

En accord avec l’air du temps, le régime égyptien affiche une politique de réforme, de fait limitée à une libéralisation économique. Comme dans les pays arabes voisins, cette mutation lui permet de se recentrer autour des seuls changements nécessaires à sa survie. Mais en Égypte, cette période de mutation s’est juxtaposée à d’autres contraintes qui ont contribué à électriser le climat. En 2005 en effet, il a fallu passer le cap de deux élections, présidentielle et législatives, au moment où, dans le cadre de leur politique de remodelage du Grand Moyen-Orient, les Américains multipliaient les pressions en faveur de la démocratisation. Dans le même temps, le discours sur la réforme est porté par une génération nouvelle – conduite par le fils du président, Gamal Moubarak –, et suscite tensions et lignes de clivage au sein des équipes dirigeantes, d’autant que l’échéance de la succession se profile : septuagénaire, le président a été victime ces dernières années de deux accidents de santé qui ont alimenté la rumeur.

L’ère post-électorale et la question de la succession

Si les consultations électorales ont été plus ou moins maîtrisées, le bilan reste mitigé. Certes, Hosni Moubarak a été réélu avec 88,6 % des suffrages exprimés, et le Parti national démocratique (PND) a maintenu sa très confortable majorité à l’Assemblée du peuple avec 323 sièges sur les 444 soumis au vote. Pourtant, le régime a été quelque peu malmené : les hautes sphères du pouvoir, et notamment la famille du président, ont été critiquées en des termes très sévères lors d’une campagne dont la liberté de ton fut inédite. Le taux de participation est resté très faible – aux alentours de 23 % selon les sources officielles –, et la percée des Frères musulmans a pris des proportions que les autorités n’avaient manifestement pas prévues, si bien que la fin des consultations a été entachée par un regain de fraude et de répression. Pour maintenir la suprématie du parti présidentiel, il a fallu réintégrer in extremis des candidats indépendants, comme en 2000, en dépit des promesses de ne plus recourir à cet expédient. Mais la manière sera vite oubliée : au final, le régime a réussi à se donner à moindres frais une apparence de démocratisation puisqu’il a autorisé la constitution d’un groupe d’opposition au Parlement (88 députés islamistes). Celui-ci ne dispose pas des moyens d’infléchir le cours de la vie politique et sert par ailleurs de repoussoir pour les Occidentaux dans la mesure où la confrérie apparaît comme la seule alternative au pouvoir en place. Le décor politique ainsi planté laisse le champ libre pour peaufiner le scénario de la succession.

Depuis le début des années 2000, Gamal Moubarak est au premier plan de la scène politique, au point de passer aujourd’hui pour le candidat le mieux placé. Né en 1963, le fils cadet du président a fait ses études à l’université américaine du Caire, en administration des entreprises, avant d’intégrer la Bank of America dont il a assuré pendant quelques années la direction de la branche londonienne. Dans le même temps, il a fondé Medinvest, une société d’investissements privés. Rentré en Égypte en 1995, il s’est entouré d’un aréopage de jeunes hommes d’affaires aux profils similaires au sien, familièrement appelés les « Gamal boys ». En 1998, il crée la Fondation pour les générations futures, qui vise à « soutenir et favoriser le secteur privé en Égypte, en contribuant à la croissance économique et à la compétitivité dans le pays ». La Fondation s’emploie à compléter la formation professionnelle de jeunes diplômés et manageurs égyptiens. Les membres de son conseil d’administration essaiment dans les différentes sphères d’influence du jeune Moubarak : au secrétariat général du PND, aux conseils d’administration du Centre égyptien d’études économiques et du Conseil d’affaires égypto-américain. Entré en politique, Gamal Moubarak a d’abord été chargé du dossier de la lutte contre la corruption mais ses activités d’homme d’affaires – voire d’affairiste aux yeux de nombre d’Égyptiens – ont porté atteinte à sa crédibilité en ce domaine. Il est aujourd’hui le héraut de la politique de libéralisation économique mise en œuvre depuis l’arrivée aux affaires, en juillet 2004, du Premier ministre Ahmed Nazif. En mars 2006, il s’est fiancé à Khadija el-Gamal, diplômée de l’université américaine du Caire, fille de l’homme d’affaires Mahmoud el-Gamal qui a fait fortune dans le tourisme et le bâtiment.

Il est de notoriété publique que les ambitions de Gamal Moubarak sont relayées par sa mère, la très influente Suzanne Moubarak. De son côté, le président égyptien a nié, à plusieurs reprises, envisager de céder le pouvoir à son fils, rappelant que l’Égypte était une république. De nombreux éléments révèlent pourtant une stratégie de positionnement pour accéder à la fonction suprême, à commencer par la véritable OPA sur le parti présidentiel réalisée au profit de Gamal Moubarak.

Le choix de l’option dynastique sous-tend l’amendement de l’article 76 de la Constitution, annoncé en février 2005 et adopté par référendum en mai de la même année, qui a modifié les modalités de l’élection présidentielle. Si le scrutin admet plusieurs candidats soumis au suffrage universel direct, ne pourront concourir aux futures élections – en 2011 mais peut-être avant – que ceux qui seront présentés par un parti disposant d’au moins 5 % des sièges au Parlement et légalisé depuis au moins cinq ans ; les candidats indépendants devront pour leur part recueillir au moins 250 signatures d’élus nationaux ou régionaux4. Or, dans le paysage politique égyptien, seul le PND offre à la fois ce préalable et les moyens de promotion indispensables pour remporter l’élection.

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