L’Amérique dans la peau

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2012). Barthélémy Courmont propose une analyse de l’ouvrage de Thomas Snégaroff, L’Amérique dans la peau : quand le président fait corps avec la nation (Paris, Armand Colin, 2012, 292 pages).

Plutôt que de traiter de la fonction présidentielle et du processus électoral, l’historien dresse le portrait de 19 présidents depuis Theodore Roosevelt et de leur relation avec la nation américaine.
L’ouvrage se répartit en quatre approches mêlant description historique et analyse. En s’attaquant à la masculinité de la fonction présidentielle, T. Snégaroff met l’accent sur un phénomène que ses multiples exemples illustrent à merveille. L’occupant de la Maison-Blanche doit incarner le mâle et les joutes électorales musclées en témoignent (les passages concernant Sarah Palin sont croustillants, même si on aurait souhaité en apprendre plus). De Roosevelt à Reagan en passant par Johnson, les présidents américains revêtent souvent le costume du héros national.
La deuxième facette du président, son empathie et sa capacité à être le père de la nation, est complémentaire de la première. Les larmes de Ronald Reagan ou de Bill Clinton, l’image de George W. Bush haranguant la foule avec un pompier à Ground Zero sont des moments inoubliables. À l’inverse, un président trop distant est généralement mal perçu : George H. Bush en fit les frais. Un président américain doit aussi ressembler à son peuple, incarner l’Amérique et la rassembler dans l’épreuve. Les trois mandats pleins de Roosevelt dans sa chaise roulante, l’élection du catholique John Kennedy ou de l’Africain-Américain Barack Obama sont autant de révolutions, indicatrices de l’évolution des mentalités.
Dans sa quatrième partie, l’auteur s’attarde enfin sur les risques du métier. À vouloir trop en faire, le président américain s’expose à ses contradictions et aux critiques de la nation. Les mensonges de Roosevelt sur son état de santé éclairèrent une autre facette de son personnage légendaire, le pardon de Ford à Nixon marqua la fin de son état de grâce et l’affaire Monica Lewinsky fut pour Bill Clinton l’épreuve la plus douloureuse et difficile de ses deux mandats.
On regrettera simplement ici un parti pris en faveur du Parti démocrate qui semble parfois déborder l’analyse politique pour s’habiller d’arguments partisans. Ainsi les présidents républicains, les plus récents surtout, sont-ils généralement moqués et démythifiés, les démocrates étant loués pour leurs qualités tant humaines que politiques. Combien de fois les méthodes de Reagan visant à glorifier son passé sont mentionnées, combien de références négatives à Nixon, de moqueries sur les deux présidents Bush… On pourrait penser que les présidents républicains sont nécessairement manipulateurs et les démocrates victimes d’opérations de déstabilisation systématiques. S’il est vrai que la vie politique américaine est, aujourd’hui plus qu’hier, infectée de scandales et de désinformation, exposition médiatique oblige, il serait sans doute exagéré de distinguer deux pratiques qui seraient totalement différentes. Ce positionnement partisan n’enlève cependant rien à la qualité de l’ouvrage de T. Snégaroff ni à l’intérêt immense des multiples anecdotes qu’il relate.

Barthélémy Courmont

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