Chine, le nouveau capitalisme d’État

Cette recension est issue de Politique étrangère 3/2013. Norbert Gaillard propose une analyse de l’ouvrage de Marie-Claire Bergère, Chine, le nouveau capitalisme d’État (Paris, Fayard, 2013, 312 pages).

00-BergèreLe présent ouvrage analyse l’évolution récente de l’économie chinoise en montrant la forte imbrication entre milieux d’affaires et élites politiques. Le premier chapitre rappelle qu’à chaque génération de dirigeants a correspondu une série de réformes particulières. Dans les années 1980, Deng Xiaoping lance la modernisation du monde rural. Dans la décennie suivante, Jiang Zemin accélère l’industrialisation et l’urbanisation du pays. Dans les années 2000, Hu Jintao intègre la Chine dans le concert des grands exportateurs mondiaux tout en s’efforçant de développer les régions intérieures. Le chapitre II décortique les moyens mis en œuvre pour hisser le pays au rang de deuxième puissance économique mondiale : surévaluation du yuan, mesures protectionnistes en faveur des entreprises nationales, transfert de technologie au détriment des Occidentaux, mise en place de la « Sinafrique ».
Les chapitres III et IV étudient les caractéristiques de l’entrepreneuriat chinois. On découvre ainsi le caractère inopérant de l’opposition entreprise publique/entreprise privée. Certaines firmes, nées de laboratoires d’université et gérées par des chercheurs, ont été transformées en sociétés par actions mais demeurent très liées au pouvoir politique. Les patrons de ces sociétés publiques ou mixtes sont fortement politisés, ou même parfois des caciques du Parti communiste (PCC). À côté de ces entrepreneurs bureaucrates, des chefs d’entreprises véritablement privées évoluent dans un système capitaliste sauvage où il faut souvent exploiter ses salariés et corrompre fonctionnaires et politiciens pour gagner des parts de marché et se financer.
Le chapitre V présente ce que M-C. Bergère appelle le « régime autoritaire décentralisé ». On apprend comment le PCC et le département des organisations font et défont les directions des grandes entreprises nationales. Sont ensuite décrits le contrôle de l’information et la lutte contre les « incidents de masse » (soulèvements de paysans, grèves d’ouvriers, rébellions de minorités ethniques), qui reposent sur le département de la propagande du Comité central et la Police armée du peuple. Le chapitre VI défend l’idée que le pouvoir appuie sa légitimité sur la croissance économique, le maintien de l’ordre public et l’exaltation du sentiment national. Quand des scandales financiers ou criminels viennent briser la carrière de hauts dirigeants comme Chen Liangyu ou Bo Xilai, le régime martèle qu’ils sont dus à un manque d’éthique individuelle et ne sauraient refléter une défaillance du système politique.
Dans le chapitre VII, l’auteur considère qu’il n’existe pas stricto sensu de « modèle chinois » : le développement économique, qui se passe de fondement théorique, pose encore trop de problèmes sociaux et environnementaux. D’autre part, M.-C. Bergère montre comment le pays cherche à accroître son soft power : instituts Confucius, chaînes télévisées CNC World et CCTV, agence Chine Nouvelle et journal Global Times
Le chapitre VIII échafaude trois scénarios de moyen terme : la panne de croissance, le risque d’une révolution, et le statu quo. L’auteur penche pour ce dernier scénario mais peine à étayer son point de vue. On le regrette car sa connaissance de la Chine aurait aidé le lecteur à mieux appréhender l’avenir d’un pays qui pourrait détrôner les États-Unis et devenir la première puissance économique mondiale d’ici à 2030.

Norbert Gaillard

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