Juli 1914. Eine Bilanz

54e7202205Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (1/2014). Hans Stark propose une analyse de l’ouvrage de Gerd Krumeich, Juli 1914. Eine Bilanz (Paderborn, Ferdinand Schöningh, 2014, 362 pages).

Historien, auteur de nombreux ouvrages sur la Première Guerre mondiale, cofondateur de l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, Gerd Krumeich livre une analyse extrêmement riche et minutieuse de la crise de juillet 1914, complétée par 50 « documents clés » choisis par l’auteur. Son ouvrage s’appuie sur un très grand nombre de documents, mais aussi sur les ouvrages publiés après la Grande Guerre (Renouvin, Fay, Schmitt, Albertini), après la Seconde Guerre mondiale (Fischer, Mommsen), ainsi que sur les études plus récentes (Mombauer, Joll, Clark, etc.) consacrées à l’origine de la guerre.

Krumeich réfute les thèses de Fritz Fischer selon lesquelles le Reich a provoqué la Grande Guerre afin d’exercer son hégémonie sur l’Europe, voire sur le monde. Mais il s’inscrit aussi en faux contre les thèses de Christopher Clark pour qui les Européens se seraient laissé entraîner dans le conflit bien malgré eux. Alors que, selon Clark, les responsabilités dans l’éclatement de la Grande Guerre sont largement partagées, Krumeich démontre que l’Allemagne assume une responsabilité, certes non pas unique, mais néanmoins écrasante. Se sentant « encerclé » par une alliance hostile formée par Londres, Paris et Moscou – alliance qui était elle-même une réponse au comportement militariste allemand, Berlin aurait sciemment utilisé l’attentat de Sarajevo pour débarrasser l’Autriche-Hongrie de la menace serbe et, surtout, pour tester les intentions véritables de la Russie. La montée en puissance militaire de cette dernière avait suscité à Berlin des craintes si fortes que ce « test » semblait indispensable. D’après ce calcul, au mieux, la Russie devait se tenir à l’écart d’un conflit austro-serbe – ce qui eût permis en même temps d’affaiblir l’alliance franco-russe. Au pire, l’entrée en guerre de Moscou devait permettre aux Allemands, convaincus que le conflit avec la Russie était de toute façon inéluctable, d’en découdre avec cette dernière avant l’achèvement du programme d’armement russe que Berlin prenait très au sérieux. En revanche, les Allemands ont très fortement sous-estimé les capacités militaires de la France et sa force de résistance.

L’Allemagne accepte donc et cherche, une fois le processus de mobilisation russe enclenché, la guerre – non pour dominer l’Europe, mais pour en modifier l’équilibre géopolitique qui lui était devenu fortement défavorable. Krumeich (comme d’autres historiens allemands avant lui, tel Wolfgang Mommsen) met donc en évidence le fait que Berlin choisit des stratégies très hasardeuses – alors que l’Europe se trouve déjà, depuis les crises marocaines, au bord de la guerre. Berlin joue son va-tout à la fois au plan politique en misant sur l’éventualité d’une neutralité russe en cas de conflit austro-serbe, et aussi et surtout au plan militaire en pariant sur le succès du plan Schlieffen et une défaite très rapide de la France, ainsi que sur la neutralité de la Grande-Bretagne, même en cas d’invasion de la Belgique. Enfin, n’ayant pas la moindre idée de la nature nouvelle de la guerre de ce début du xxe siècle, les chefs militaires étaient convaincus de la faisabilité d’un conflit bref et du succès de frappes offensives massives et rapides. Le Reich s’est donc préparé à un conflit court, de trois mois, conflit qui fut à bien des égards une « guerre préventive » provoquée par Berlin, comme Theobald von Bethmann-Hollweg l’a reconnu en 1918 : pour Krumeich, c’est là que réside pour l’essentiel la responsabilité de l’Allemagne.

Hans Stark

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