Life, Death and Growing Up on the Western Front

Life and Death

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (1/2014). Anne Geslin-Ferron propose une analyse de l’ouvrage d’Anthony Fletcher, Life, Death and Growing Up on the Western Front, (New Haven, CT, et Londres, Yale University Press, 2013, 352 pages).

Tout commence par la découverte de 243 lettres écrites par le grand-père d’Anthony Fletcher à sa femme, depuis le front de l’Ouest en France durant la Grande Guerre. D’autres sources de première main, imprimées ou non, lui permirent de construire ce livre sur l’expérience physique et émotionnelle d’un petit groupe de soldats britanniques.

Cet ouvrage se situe à la confluence de plusieurs thématiques actuelles : l’histoire des représentations et des mentalités, l’histoire sociale, en l’occurrence le point de vue de cinq « simples soldats » et de 12 officiers, l’histoire chronologico-thématique de la guerre.

L’auteur rappelle d’abord que l’absence de service militaire ne détourne pas les Britanniques de l’engagement patriotique. Sans conteste, l’opinion bascule rapidement du pacifisme à la belligérance. Les engagés volontaires partent avec l’enthousiasme et la détermination de faire la guerre pour une cause juste : l’avenir de la civilisation.

Le cœur du livre relate la vie au front. À travers les lettres, Anthony Fletcher dégage certaines spécificités (l’engagement patriotique), analyse, légitime les réactions face au déroulement du conflit et l’éloignement physique des familles. On se représente toujours les soldats aux prises avec l’ennemi, mais ils n’ont pas constamment combattu. À la lecture de ces lettres, on découvre une vie du soldat divisée en deux temps, celui où tout lui est imposé – corvées, patrouilles – et celui qu’il peut se réserver (écriture, etc.) Par ailleurs, l’autocensure est bien présente, comme dans la citation du soldat Alec Reader, qui élabore une véritable stratégie pour rassurer sa famille.

L’auteur n’arrête pas son travail à l’Armistice et, dans sa troisième partie, évoque la construction du souvenir. Cette dernière partie offre une résonance aux commémorations de 2014 et présente finement la notion d’héroïsme. Les soldats obéissent aux ordres, acceptent le sens de la guerre, consentent à leur présence au front avec ses conséquences, comme le sacrifice. Mais à la longue les hommes doutent, devant l’amoncellement des cadavres ou en 1916 lors de la bataille de la Somme.

Pour tenter de comprendre comment ils ont résisté, diverses explications sont mises en exergue par les soldats eux-mêmes. Tout d’abord, le poids de la solidarité – les soldats tiennent pour ne pas abandonner leurs camarades. Le courage du combattant puise aussi sa source dans l’esprit de corps, de camaraderie, ainsi que dans le leadership des chefs « Il était soutenu par l’amitié entre les officiers et leurs hommes autant que par la discipline. » Les notions d’honneur, du sens du devoir, lui sont inculquées dès l’enfance[1].

Force est de constater qu’il n’y a pas de rupture entre le front et l’arrière, grâce à la correspondance qui relie les deux mondes. Même si cette dernière se compose largement de non-dits : les soldats, en s’assurant du bon moral des leurs, attendent en retour de bonnes nouvelles.

Anne Geslin-Ferron

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[1]Voir la dernière publication de l’auteur : Growing Up in England. The Experience of Childhood 1600-1914, New Haven, CT, et Londres, Yale University Press, 2008.

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