Making Sense of the Central African Republic

Cette recension est issue de Politique étrangère (2/2016). Rémy Hémez propose une analyse de l’ouvrage dirigé par Tatiana Carayannis et Louisa Lombard, Making Sense of the Central African Republic (Londres, Zed Books, 2015, 384 pages).

Making Sense of the CARPeu d’ouvrages traitent de la République Centrafricaine (RCA), particulièrement en anglais. Making Sense of the Central African Republic est important car il rassemble quelques-uns des meilleurs spécialistes de la crise centrafricaine et propose une approche véritablement pluridisciplinaire. Il permet en cela de mieux comprendre ce pays d’environ quatre millions d’habitants vivant aux marges de la communauté internationale.

On ne peut revenir ici sur les douze contributions qui composent le livre. Elles apportent toutes un éclairage essentiel sur la situation actuelle du pays. Cela commence d’ailleurs par une excellente introduction à l’histoire de la RCA, rédigée par Stephen W. Smith, qui nous fait prendre conscience du tourbillon négatif dans lequel est engagé le pays depuis la colonisation. Les contributions suivantes alternent entre des problématiques assez générales comme la question de la richesse et de la pauvreté par Roland Marchal, ou les « pathologies » du maintien de la paix en RCA par Enrico Picco, et d’autres plus spécifiques, tels l’analyse des dynamiques locales du PK5 par Faouzi Kilembe ou un chapitre sur l’Armée de résistance du seigneur en Centrafrique par Ledio Cakaj.

Malgré cet apparent foisonnement, il est possible, à la lecture de cet ouvrage, de dégager quatre lignes de forces pouvant servir de guide pour appréhender la complexité de la RCA. Premièrement, il convient de prendre en compte l’histoire violente du pays depuis sa colonisation, car elle laisse des marques profondes, notamment en ce qui concerne sa structure sociale. Deuxièmement, il faut bien se rendre compte des faiblesses récurrentes de la structure étatique centrafricaine. L’État n’a jamais fourni les services de base et n’a pas étendu son autorité à l’ensemble du pays. L’utilisation de biens publics à des fins privées y est devenue chose commune. Ainsi l’État centrafricain est, pour la plupart de ses citoyens « une douloureuse absence et une présence blessante ». Troisièmement, l’insérer dans son environnement régional est crucial pour une analyse sérieuse. Le nord de la Centrafrique est par exemple beaucoup plus intégré avec les pays frontaliers qu’avec le reste de la RCA, et les crises régionales ont de fortes répercussions sur le pays. Enfin, les très nombreuses interventions extérieures visant à rétablir la paix ont toutes échoué car elles ont cherché à remplir à « faible coût » des objectifs de court terme. Les dynamiques profondes de la crise n’ont donc pas été traitées.

Cet ouvrage, indispensable à tous ceux qui s’intéressent à la RCA mais aussi à la question générale du peace building, démontre bien que l’explosion de violence dans ce pays depuis 2012 est le fruit de la convergence de dynamiques de long terme complexes. Le livre remplit l’objectif affiché par les auteurs : analyser pour la première fois en un seul volume l’économie politique, le rôle des conflits et l’influence des acteurs régionaux en RCA. Enfin, on ne peut qu’être d’accord avec le constat fait par les auteurs de la nécessité de traiter les racines profondes de la crise en redéfinissant les rôles de la société et de l’État centrafricains. Reste à espérer que l’engagement actuel de l’ONU en RCA – le plus important que le pays ait jamais connu – puisse répondre à ces exigences.

Rémy Hémez

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