Histoire de l’Irlande. De 1912 à nos jours

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère (n°4/2016). Marie-Claire Considère-Charon propose une analyse de l’ouvrage d’Alexandra Slaby, Histoire de l’Irlande. De 1912 à nos jours (Paris, Tallandier, 2016, 464 pages).

Histoire de l'Irlande de 1912 à nos jours

Cet ouvrage paraît cent ans après l’insurrection de Pâques 1916, qui a donné lieu à de nombreuses commémorations. Même si le bien-fondé de l’insurrection continue à faire débat, elle demeure, bien que minoritaire, la grande césure de ce XXe siècle irlandais, associée à une symbolique qui continue de hanter l’imaginaire collectif. L’auteur toutefois ne choisit pas d’ouvrir son étude à cette date mais par l’année 1912, où le projet d’autonomie destiné à toute l’Irlande (Home Rule) recevait à nouveau l’aval de la Chambre des communes sans le risque d’être bloqué par les Lords.

1912 et 1916 renvoient à deux visions distinctes et concurrentielles de la nation irlandaise, à deux projets politiques divergents autant par les moyens (voie parlementaire ou lutte armée) que par l’objectif ultime (autonomie sous l’autorité de la Couronne ou pleine indépendance). Du fait de l’intrusion d’un conflit mondial qui allait peser sur le destin de l’Europe et de l’hostilité des Unionistes d’Ulster, farouchement opposés à tout compromis avec les Nationalistes, le projet de Home Rule sera abandonné, cédant le pas à la guerre d’indépendance, l’escalade de la violence, la partition de l’île et le chaos de la guerre civile dont les séquelles marqueront la vie politique de l’Irlande dans les décennies suivantes.

En interrogeant le travail des historiens passés et contemporains, l’auteur pose la question de l’historiographie qui, après avoir été longuement dépourvue de sens critique vis-à-vis des héros nationalistes, a, dans les années 1970, fait apparaître une lecture « révisionniste » qui entend déconstruire les récits hagiographiques. Entre deux lectures aussi tranchées, Alexandra Slaby parvient à livrer une analyse contrastée et nuancée, à l’abri de tout a priori.

Le livre suit un découpage chronologique réparti en dix chapitres qui peuvent se lire séparément comme autant de tranches d’histoire. Il propose également une galerie de portraits fouillés de ceux qui ont fait l’Irlande et changé le cours de son histoire. Parmi tant d’autres, la haute stature de De Valera, seul survivant de l’exécutif des Pâques sanglantes, domine sans conteste.

Un certain nombre de questions sont parallèlement traitées avec doigté et talent. Il en est ainsi de la neutralité irlandaise et des répercussions qu’elle a eues sur les relations de l’Irlande avec la Grande-Bretagne et les États-Unis, de l’évolution du système politique des « deux partis et demi », spécificité irlandaise qui, malgré ses insuffisances, a réussi à instaurer une alternance démocratique et des transitions sereines, ainsi que de la place de l’Église catholique et de l’emprise qu’elle conserva si longtemps sur les esprits jusqu’à ce que son déclin s’amorce de façon irrémédiable, après les nombreux scandales et abus qui entachèrent la réputation de tout un clergé.

L’on ne peut que rendre hommage à cette précieuse contribution qui séduit par la pertinence de ses analyses et son approche pluridisciplinaire intégrant des observations et des réflexions sur les politiques culturelles, la littérature et le cinéma. L’auteur parvient largement à éviter le récit fastidieux en proposant une chronique au style alerte, émaillée de commentaires instructifs et éclairants pour le lecteur avisé qui trouvera dans les nombreuses notes et une importante bibliographie tous les outils nécessaires pour approfondir sa réflexion sur « le peuple le plus résilient au monde ».

Marie-Claire Considère-Charon

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