The Choppers Boys. Helicopter Warfare in Africa

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère (n°4/2016). Rémy Hémez, chercheur au Laboratoire de recherche sur la défense (LRD) à l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Al J. Venter, The Chopper Boys. Helicopter Warfare in Africa (Hélion & Company, 2016, 296 pages).

Chopper Boys

The Chopper Boys. Helicopter Warfare in Africa est une réédition revue et augmentée d’un ouvrage paru en 1994. Le journaliste sud-africain Al J. Venter est un bon connaisseur des guerres africaines : il a commencé sa carrière de correspondant de guerre au Nigeria en 1965 et a couvert ensuite de nombreux conflits : Rhodésie, Soudan, Sierra Leone, etc.

La couverture de ce volume représentant des hélicoptères Tigre et un Gazelle attire immédiatement l’œil du lecteur français. Ce dernier est cependant rapidement déçu puisque la légende de cette photographie indique que ces appareils appartiennent à l’armée de l’Air : or ils sont de l’Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT). C’est là un détail pour beaucoup, pourtant symptomatique des imperfections qui viennent émailler les contributions sur l’action des hélicoptères français en Afrique. C’est ainsi que les chapitres sur l’Algérie (1954-1962), les guerres du Tchad (1969-1987) et le Mali (2013) sont imprécis et incomplets. Dommage, surtout si l’on considère que la guerre d’Algérie fut en quelque sorte la première guerre des hélicoptères, et que de bonnes sources en anglais existent sur le sujet. Enfin, et pour finir sur le cas français, il est étonnant que l’intervention en Libye de 2011 n’y soit pas traitée, tant l’ALAT y a joué un rôle clé, déjà bien documenté.

En fait, l’auteur ne vise ni l’exhaustivité ni un caractère scientifique. Il procède par touches, sans se soucier de chronologie. On trouve ainsi dans ce livre 36 chapitres très variés et de qualité inégale sur les Russes en Angola, les guerres portugaises en Afrique, l’opération britannique Palisser en Sierra Leone, ou encore l’intervention américaine en Somalie. Mais le cœur de l’ouvrage et la majorité de ses chapitres tournent autour des guerres de frontières sud-africaines (1966-1988) et du conflit en Rhodésie. Ces parties forment le véritable intérêt du livre. On y trouve par exemple de bonnes informations sur les Fire Forces rhodésiennes, ces équipes aéromobiles et aéroportées mises en place dans le cadre de la lutte contre les mouvements de libération zimbabwéens. Elles constituent un bon exemple d’adaptation tactique mais aussi technique, impliquant notamment l’ajout d’armement de bord sur des hélicoptères Alouette III. Les opérations menées par les Koevoet – une unité contre-insurrectionnelle sud-africaine – en liaison avec les hélicoptères donnent aussi lieu à des développements intéressants. The Chopper Boys contient aussi des témoignages rares, comme un récit du capitaine sud-africain Tinus von Risburg, dont l’hélicoptère fut touché par une roquette lors d’une opération menée en Angola contre le SWAPO en 1980, et qui rejoignit la frontière sud-africaine à pied en échappant à ses poursuivants.

Cet ouvrage de grand format très richement illustré n’est pas désagréable à lire. Il est intéressant en ce qui concerne les guerres des frontières sud-africaines et le conflit rhodésien, tous deux peu abordés en France. Mais le manque de rigueur scientifique de l’ensemble, l’absence de mise en perspective conceptuelle et historique de la guerre des hélicoptères, et ses impasses importantes l’empêchent d’aspirer au statut de livre de référence, sur un sujet qui en mériterait pourtant un.

Rémy Hémez

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