Méthode de recherche en relations internationales

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère (n°4/2016). Pauline Poupart propose une analyse de l’ouvrage collectif dirigé par Guillaume Devin, Méthode de recherche en relations internationales (Presses de Sciences Po, 2016, 280 pages).

méthode de recherche en RI

Cet ouvrage offre un tableau des différentes méthodes utilisées actuellement dans la recherche en relations internationales. Il est divisé en quatre grandes parties qui abordent successivement les questions de description et de comparaison, puis des cas plus concrets d’utilisation de différents types de ressources dans la discipline (archives diplomatiques, images, représentations spatiales ou portail internet de l’ONU). L’ouvrage évoque ensuite les questions de « terrain » (de la préparation à la pratique des entretiens). Enfin, une dernière partie très explicative évoque la question, généralement délaissée en France, des apports des approches quantitatives.

Il est donc bien question d’une « méthode », qui peut être utilisée à la fois par les étudiants, les doctorants souvent perdus dans les outils à leur disposition, ainsi que par toute personne qui s’interroge sur les méthodes de travail en relations internationales. En effet, cet ouvrage est construit sur un ensemble de contributions laissant s’exprimer spécialistes et praticiens, avec pour résultat un propos clair et très pédagogique. L’aridité de certaines approches théoriques ou chiffrées, la technicité de certains logiciels d’analyse – lexicométrique notamment – sont toujours explicitées par des cas concrets d’analyse (analyse comparée des discours de Bush Jr. et d’Obama, ou représentations cartographiques des migrations internationales…), ce qui attise la curiosité envers les diverses approches abordées.

Par ailleurs, les auteurs insistent sur la complémentarité des méthodes, ce qui peut rassurer les jeunes chercheurs qui craignent trop souvent le « bricolage » pouvant résulter de l’utilisation d’outils d’analyse de types différents. Cette vision permet également d’ouvrir d’autres perspectives pour le questionnement d’un objet de recherche donné. Ainsi, les chapitres sur l’analyse d’image, ou sur la représentation graphique dans l’analyse de discours (sous forme de nuages de mots clés pour un corpus de texte) sont particulièrement intéressants et actuels, dans un contexte où le déferlement d’images est quotidien, et où l’infographie devient un des supports explicatifs privilégiés par les médias. Cet ouvrage pousse donc à s’interroger à la fois sur la nature des ressources mobilisables lorsque l’on traite de sujets de relations internationales mais surtout sur leur combinaison possible.

Ce livre constitue une bonne introduction et un bilan clair des grandes techniques d’analyse en relations internationales. Il peut apparaître comme trop général pour les familiers de certaines méthodes, mais il a le mérite d’articuler réflexions théoriques et conseils pour la pratique. Les références bibliographiques proposées pour chaque approche donnent un bon aperçu des ouvrages de référence, et l’on peut également y trouver des réponses à des questions concrètes, trop souvent peu abordées, sur l’élaboration même de la recherche (préparation du terrain, enjeux des entretiens, question de confidentialité…). Praticiens comme étudiants en relations internationales pourront donc y trouver des éléments d’interrogation sur les outils qu’ils utilisent, mais aussi des perspectives techniques nouvelles pour leur recherche.

Pauline Poupart

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