Quelles perspectives pour la Crimée ?

La rédaction a le plaisir de vous offrir à lire ce second article, « Quelles perspectives pour la Crimée ?« , écrit par Catherine Iffly, et paru dans notre nouveau numéro, « ASEAN : 50 ans d’une expérience singulière« .

Crimée

À Simferopol, le soir venu, les trottoirs plongent dans l’obscurité – sauf quelques artères centrales de la capitale de la Crimée. Depuis les ruptures d’alimentation de l’électricité fournie par l’Ukraine, dues à la détérioration de lignes haute tension par des activistes, l’éclairage public est parcimonieux ; au contraire, Sébastopol et ses installations militaires baignent dans la lumière. L’inflation, selon l’indice officiel, a dépassé 100 % pour les trois dernières années et les habitants de la péninsule ont vu leur pouvoir d’achat s’éroder. Mais à Sébastopol et Simferopol, les BMW, Infiniti, Bentley et Jaguar rutilent au soleil. Les échanges économiques de la Crimée avec l’Union européenne (UE) et les États-Unis sont soumis à des restrictions importantes, mais les grandes enseignes nord-américaines du sport et celles de la mode européenne ont rouvert depuis le printemps 2016. Trois ans après l’annexion de la presqu’île ukrainienne, la Crimée présente un visage contrasté.

Bouleversements sociaux et économiques

Alors que la presqu’île est désormais enclavée, les flux de population y sont paradoxalement considérables : départ de ceux qui sont contraints de fuir, afflux de Russes de toutes les régions de la Fédération, et d’Ukrainiens du Donbass, dont les autorités russes s’efforcent de limiter la présence sans y parvenir véritablement.

Suite au changement d’État, les compétences et qualifications de diverses professions dans la péninsule, en particulier les médecins, pharmaciens, avocats et notaires, ont cessé d’être reconnues. Certains ont repris une formation pour obtenir les certificats et licences professionnelles russes désormais exigés, les autres ont quitté la Crimée, rejoignant ceux qui devaient fuir pour des raisons politiques ou religieuses.

Les Tatares de Crimée – population autochtone musulmane qui, déportée en 1944, fut autorisée à se réinstaller sur la péninsule à la fin des années 1980 – sont visés par des mesures d’intimidation, des perquisitions et détentions arbitraires. Environ 25 jeunes Tatares, parfois mineurs, ont été kidnappés et assassinés depuis mars 2014 dans le sud de la Crimée. Leurs organes représentatifs, les Mejlis, ont été interdits en avril 2016, après que leur président a été banni et le vice-président emprisonné. Son successeur Ilmi Oumerov a été interné en hôpital psychiatrique en août 2016 pendant quelques semaines. Selon les Nations unies, en octobre 2014, la moitié des 19 000 personnes enregistrées qui avaient fui la péninsule étaient des Tatares de Crimée (qui représentaient 13 % de la population de Crimée lors du recensement d’octobre 2014). Mais une grande partie des personnes contraintes au départ ne s’enregistrent pas auprès des autorités ukrainiennes. À elle seule, l’organisation non gouvernementale Krymskaya Diaspora basée à Kiev, qui aide les personnes déplacées de Crimée, dénombre aujourd’hui 50 000 bénéficiaires de ses programmes (dont 20 % de Tatares).

Une nouvelle population russe s’est en revanche installée sur la presqu’île. Les administrations de différentes régions et les ministères moscovites ont dépêché des fonctionnaires. À Sébastopol et à Simferopol ont fleuri les cabinets d’avocats et de diverses professions libérales. Les prix de l’immobilier ont bondi, du fait de l’arrivée des investisseurs russes, et des acquisitions de résidences secondaires.

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