Quand les entreprises chinoises se mondialisent

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n°2/2017). Mary-Françoise Renard propose une analyse de l’ouvrage de Geneviève Barré, Quand les entreprises chinoises se mondialisent : Haier, Huawei et TCL (CNRS Éditions, 2016, 376 pages).

Haier, Huawei et TCL

La présence de firmes chinoises parmi les plus importantes du monde et le développement des investissements chinois à l’étranger reflètent à la fois l’évolution de l’économie chinoise et la modification des rapports de force dans l’économie mondiale. À l’hégémonie des pays du Nord succède l’émergence de grandes puissances du Sud, principalement la Chine. Si ce changement suscite de nombreux commentaires, il n’est pas toujours bien compris, d’autant que la complexité de l’organisation économique de la Chine nécessite une analyse approfondie. L’ouvrage de Geneviève Barré est à la fois bienvenu et particulièrement enrichissant.

Le rappel du contexte institutionnel permet de comprendre la stratégie du gouvernement en matière d’investissement à l’étranger, dans le cadre de réformes ayant permis à la fois l’adoption de mécanismes de marché et une forte ouverture internationale. Sont ainsi mises en évidence la volonté de rattrapage en matière de technologies, et les différentes étapes ayant marqué cette politique. Les entreprises se sont profondément transformées et leurs spécificités sont clairement exposées dans cet ouvrage, montrant le rôle de l’environnement économique et politique, mais aussi la dynamique interne de ces entreprises et les caractéristiques de leurs stratégies. Les trois firmes choisies ont en commun d’être des leaders mondiaux, et relativement concentrées sur une technologie au sens large, plutôt que diversifiée : électroménager et électronique grand public pour Haier, technologies de l’information et de la communication pour Huawei, électronique et multimédia pour TCL. Mais elles ont, pour le reste, des processus d’internationalisation différents.

L’analyse détaillée de ces trois cas permet de comprendre comment chacune de ces entreprises a abordé les différents marchés étrangers, géré et formé ses personnels, choisi ses dirigeants, ou développé de nouveaux produits. Elle souligne les raisons de ces réussites, mais rappelle aussi certains échecs, par exemple la coopération entre TCL et Alcatel au début des années 2000. Qu’il s’agisse du profil des dirigeants ou de l’évolution de la gouvernance, l’examen de ces trois stratégies d’internationalisation permet de réfléchir à un « modèle chinois ». La précision dans la traduction des termes chinois, et le souci de maintenir l’interprétation de la politique suivie, par exemple en matière d’innovation, dans le contexte de la culture chinoise, rendent ce travail particulièrement intéressant et convaincant.

L’importance des investissements publics en matière de recherche, et le bénéfice des économies d’échelle que procure un grand marché intérieur, ont permis à ces entreprises d’avoir une stratégie cohérente avec celle du gouvernement, et d’opérer un rattrapage technologique remarquable. Avec la hausse des salaires en Chine, et donc la modification de l’avantage comparatif, et le ralentissement de la demande mondiale, il est désormais indispensable d’avoir une montée en gamme dans la fabrication des biens et d’approfondir l’insertion internationale avec le développement des investissements à l’étranger.

Cet ouvrage, clair et pertinent, montre comment les théories traditionnelles de l’internationalisation des firmes s’appliquent au cas chinois, et avec quelles limites. Il souligne l’originalité des parcours des trois multinationales, et permet de comprendre les processus à l’œuvre dans la montée en puissance des firmes chinoises.

Mary-Françoise Renard

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