Why Europe Intervenes in Africa

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps de Politique étrangère (n°3/2018). Rémy Hémez propose une analyse de l’ouvrage de Catherine Gegout, Why Europe Intervenes in Africa: Security, Prestige and the Legacy of Colonialism (Oxford University Press, 2018, 320 pages).

Depuis la fin des années 1980, la France est intervenue militairement en Afrique plus de trente fois, le Royaume-Uni sept fois. Alors que jusque dans les années 1990, les questions africaines de sécurité étaient peu discutées dans l’Union européenne (UE), cette dernière a conduit cinq opérations militaires sur ce continent depuis 2000. Les motivations du déclenchement de ces interventions sont sujettes à débat, mais les réponses apportées sont rarement fondées sur une étude approfondie. C’est ce à quoi s’attelle, avec succès, Catherine Gegout, professeur associé de relations internationales à l’université de Nottingham.

Le premier chapitre est dédié à la mise en place d’une typologie des motifs d’intervention, qui s’appuie sur les apports de trois théories des relations internationales – réalisme, constructivisme et post-colonialisme – et vise à pousser le chercheur à reconsidérer l’histoire et la politique du point de vue des pays en voie de développement. Le deuxième chapitre replace les interventions dans leur contexte historique, de la colonisation à aujourd’hui. Une troisième partie dresse le portrait des différents acteurs gravitant autour de ces opérations extérieures européennes, par leur présence politique ou économique : États africains, organisations régionales africaines de sécurité, Nations unies, États-Unis, Chine, etc. Enfin, cœur de la démonstration, les trois derniers chapitres de cet essai sont consacrés à l’analyse successive et détaillée des desseins poursuivis lors de chacune des interventions africaines de la France, du Royaume-Uni et de l’UE.

Catherine Gegout souligne que la recherche de sécurité (pour son territoire et ses citoyens) a été déterminante dans toutes les interventions. La problématique de la lutte contre le terrorisme qui s’est développée récemment (2008 pour la France et 2013 pour le Royaume-Uni) est venue renforcer cette prédominance. La quête de prestige est, selon l’auteur, l’autre motif majeur expliquant les actions militaires européennes en Afrique, qu’il s’agisse de prestige pour le dirigeant du moment, de celui d’une organisation internationale ou du pays hôte de l’intervention. En revanche, Catherine Gegout souligne que les pays européens ne lancent plus vraiment d’opérations extérieures sur le continent africain pour défendre ou promouvoir leurs intérêts économiques. Un seul cas est à cet égard recensé : la mission de l’UE dans le golfe d’Aden (2008). Concernant la France, c’est surtout vrai depuis 2003, avec la montée en puissance de la Chine en Afrique.

De même, entre 1986 et 2016, l’action à des fins humanitaires n’a jamais été la cause première d’une intervention. Enfin, et même si son influence diminue, les opérations extérieures demeurent partiellement conditionnées par le passé colonial : France et Royaume-Uni continuent à agir dans leurs zones d’influence historiques respectives.

Le livre de Catherine Gegout offre une grille d’analyse intéressante des interventions européennes en Afrique. La qualité et le niveau de détail de la recherche, la grande clarté de l’argumentation, une bibliographie fournie, ainsi que plusieurs tableaux clairs et utiles, font de cet essai une lecture importante pour tous ceux qui se préoccupent des questions de sécurité en Afrique.

Rémy Hémez

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