The Caliphate at War

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps de Politique étrangère (n°3/2018). Stéphane Mantoux propose une analyse de l’ouvrage de Ahmed S. Hashim, The Caliphate at War: The Ideological, Organisational and Military Innovations of Islamic State (Hurst, 2018, 392 pages).

Ahmed Hashim est l’auteur de plusieurs ouvrages sur l’insurrection et la contre-insurrection en Irak (2006, 2009), et d’un livre consacré aux Tigres tamouls au Sri Lanka (2013).

Dans The Caliphate at War, initialement paru en 2017, il entend expliquer ce qu’a été l’État islamique (EI) depuis ses origines en 2003 jusqu’au milieu de l’année 2017, moment où la phase territoriale de l’organisation commence à s’achever. L’approche est
« holistique » : l’auteur veut décrire l’EI en tant que système et secondairement déceler les facteurs qui ont conduit à son émergence.

Il le fait toutefois en se reposant sur un nombre trop limité de sources, ce qui est évident dès le premier chapitre qui décrit l’approche conceptuelle du livre. Le chapitre 2 résume l’histoire de l’Irak ; le chapitre 3 revient sur l’idéologie et les buts de l’EI ; le chapitre 4 s’intéresse à la construction de l’organisation depuis l’époque d’Abou Moussab Al-Zarqawi ; le chapitre 5 décortique l’art de la guerre mis en œuvre par l’EI ; le chapitre 6 enfin détaille l’État bâti par le groupe et son fonctionnement.

Dès le premier chapitre, Ahmed Hashim reconnaît ne pas avoir mené un travail à la source, sur le terrain, mais il n’utilise pas non plus de manière rigoureuse les sources primaires produites par l’EI, ce qui restreint considérablement la portée de son travail. En outre, il se limite au champ irakien et n’aborde la Syrie qu’indirectement, ce qui prive le lecteur de la moitié du spectre concernant l’EI.

Si l’on se focalise sur le chapitre 5 qui aborde la dimension militaire de l’EI, on mesure combien le propos de l’auteur souffre du postulat choisi au départ. Près d’un tiers du chapitre est une reprise plus ou moins nette des ouvrages précédents de l’auteur sur l’insurrection et la contre-insurrection en Irak. Certaines conclusions sur les capacités militaires de l’insurrection irakienne entre 2003 et 2011 sont parfois discutables, notamment sur le déclin militaire de l’État islamique d’Irak (EII), prédécesseur de l’EI, entre 2008 et 2011. Ahmed Hashim n’évoque pas l’importance de l’expérience militaire accumulée en Syrie à partir de la création de l’État islamique en Irak et au Levant (avril 2013) et rebasculée en Irak ensuite, par exemple pour l’emploi des missiles antichars. Quand il évoque la structure de commandement militaire de l’EI, l’auteur ne met pas à jour ses informations, par exemple : Abou Omar Al-Shishani a été tué par une frappe américaine le 10 juillet 2016 dans le secteur de Shirqat. L’auteur n’a pas non plus actualisé sa description de la bataille de Mossoul qui s’arrête avant la reprise de la ville en juillet 2017. La description de l’appareil militaire lui-même reste trop succincte, sur l’emboîtement des unités ou leur typologie, comme les inghimasiyyis. Le récit des différentes campagnes menées par l’EI est incomplet car il manque, justement, le volet syrien.

En conclusion, Ahmed Hashim insiste pourtant sur l’importance du conflit syrien dans le développement de l’EI, ce qui fragilise d’autant plus son choix de ne pas aborder la situation syrienne pour décortiquer l’EI en tant que système. On peut au moins reconnaître à l’auteur de conclure sur l’idée que la fin territoriale de l’EI ne signifie pas la disparition de la menace : le groupe, comme souvent depuis le début de son existence, a su évoluer pour survivre.

Stéphane Mantoux

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