Inside Al-Shabaab

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2019). Jean-Bernard Véron propose une analyse de l’ouvrage de Harun Maruf et Dan Joseph, Inside Al-Shabaab: The Secret History of Al-Qaeda’s Most Powerful Ally (Indiana University Press, 2018, 328 pages).

Cet ouvrage, rédigé par deux journalistes du service Afrique de Voice of America, analyse le phénomène des Shabaab en Somalie. L’ambition est ici de deux ordres. D’une part, il s’agit d’exposer le parcours, l’histoire et l’idéologie de ce groupe islamiste militant. D’autre part, les auteurs, en bons journalistes, collent aux personnages, qu’il s’agisse des dirigeants successifs des Shabaab ou des combattants de base, voire de ceux qui firent défection. Ce souci du détail humain vaut également pour ceux qui s’opposent aux Shabaab : autorités et forces armées somaliennes, ou intervenants extérieurs. Pour relever ce double défi, le livre est divisé en quatre parties.

La première présente l’origine du mouvement, sa radicalisation avec l’appui d’Al-Qaïda, ce qui fractura le camp islamiste, puis sa montée en puissance et ses affrontements avec les seigneurs de la guerre, l’armée éthiopienne, les services secrets américains et les militaires de la Mission militaire de l’Union africaine en Somalie (AMISOM).

La deuxième partie décortique cette longue bataille, au cours de laquelle les Shabaab furent à deux doigts de prendre le contrôle de Mogadiscio, capitale de la Somalie. Mais sans y parvenir.

La troisième – au lendemain de cet échec – analyse le repli territorial du groupe, et ses divisions internes ainsi que les purges à son sommet. Mais, dans le même temps, les Shabaab basculent de la guerre vers la guérilla, et multiplient les attentats, tant à Mogadiscio que dans ces pays voisins dont les armées sont présentes en Somalie, et tout particulièrement au Kenya.

La quatrième partie prend acte de l’arrêt de ce déclin et souligne la résilience dont ont su faire preuve les Shabaab. D’où, aujourd’hui, un contexte sécuritaire pour le moins incertain, et ce d’autant que l’État islamique est désormais présent en Somalie.

Ce constat conduit les auteurs à se montrer, à juste titre, fort prudents dans leurs conclusions. Certes les Shabaab n’ont plus aujourd’hui la puissance militaire qui leur permettait, il n’y a pas si longtemps, de contrôler une bonne partie du pays, y compris de grandes villes d’où ils tiraient les ressources nécessaires au financement du groupe. Mais les défaillances de l’État somalien pour dispenser aux populations sécurité et services de base, ajoutées à une gouvernance publique défaillante et à la présence de forces armées étrangères, qui nourrissent des réflexes nationalistes chez une partie de la population, donnent à penser que certaines des causes profondes qui expliquent l’émergence, puis le renforcement, des Shabaab sont loin d’avoir été éradiquées.

Ce travail s’appuie sur une bibliographie riche et diversifiée. Celle-ci regroupe tant des travaux scientifiques que de fort nombreuses références issues des médias, et même des documents secrets récemment déclassifiés. L’ouvrage est intéressant pour mieux comprendre ce phénomène. Tout au plus – s’il fallait exprimer un regret – pourrait-on dire qu’à trop s’appuyer sur une approche journalistique au jour le jour, les causes profondes de l’instabilité de la Somalie ne semblent pas avoir été suffisamment creusées.

Jean-Bernard Véron

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