China’s Maritime Gray Zone Operations

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne de Politique étrangère
(n° 3/2019)
. Morgan Paglia, chercheur au Centre des études de sécurité de l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Andrew S. Erickson et Ryan D. Martinson, China’s Maritime Gray Zone Operations (Naval Institute Press, 2019, 324 pages).

China’s Maritime Gray Zone Operations est un ouvrage collectif qui rassemble les analyses croisées de 22 spécialistes de la stratégie dite des « zones grises ». Rédigé sous la direction d’Andrew S. Erickson et Ryan D. Martinson, membres du China Maritime Studies Institute (CMSI) de l’US Naval War College, il se concentre sur le cas spécifique de la Chine qui mène depuis plusieurs années une politique d’annexion rampante en mer de Chine méridionale, en mer orientale et en mer Jaune.

La première partie est consacrée aux enjeux conceptuels liés à la définition des zones grises. Contrairement à d’autres stratégies ambiguës comme la guerre hybride, la stratégie des zones grises implique l’intimidation d’un État voisin par des moyens non militaires : il s’agit d’annexer des territoires ou des espaces maritimes sans courir le risque d’une périlleuse escalade militaire. Préserver une apparence de légalité est donc nécessaire et requiert la mise en place d’un argumentaire juridique justifiant l’intervention des forces de l’ordre chinoises pour exercer un contrôle effectif sur les espaces maritimes revendiqués.

Les parties 2 et 3 établissent un panorama sociologique des acteurs impliqués dans les zones grises : les garde-côtes et les milices maritimes. Les auteurs évoquent les stratégies opérationnelles et juridico-diplomatiques mises en œuvre par Pékin. En 2020, les garde-côtes armeront 260 bâtiments de plus de 500 tonnes, ce qui place la Chine au premier rang mondial. Les actions les plus agressives sont parfois menées par des milices maritimes, formées et activées par la marine chinoise. Leur armement sommaire (canons à eau, éperons) permet des formes d’agression des navires étrangers que préfèrent éviter les forces officielles chinoises. La fusion récente des quatre agences de garde-côtes en un seul service et le recrutement d’anciens militaires ont visé à augmenter l’efficacité de l’action chinoise.

Dans les parties 4 et 5, les auteurs envisagent une contre-stratégie pour dissuader les agressions chinoises en Asie orientale. Les transgressions du droit international maritime posent un défi majeur à la puissance américaine. Dissuader Pékin d’employer la stratégie des zones grises passera par, d’une part la définition de lignes rouges et d’autre part l’établissement d’une stratégie permettant de répondre rapidement et calmement aux incursions chinoises. En effet, une réponse disproportionnée placerait le pays lésé dans une situation de coupable et serait donc contre-productive. À cet égard, les réponses apportées par le Japon, les Philippines et le Vietnam constituent des cas d’étude intéressants, sources d’enseignements utiles.

Au final, ce livre présente aussi un intérêt certain pour la communauté de défense française. En avril 2019, un bâtiment militaire français a été intercepté par la marine chinoise pour avoir pénétré sans autorisation dans le détroit de Taïwan. Par ailleurs, le blocus du détroit de Kerch par la Russie en novembre 2018 et les dynamiques de contestation maritime en Méditerranée orientale ont montré que l’Europe n’était nullement à l’abri de ce type de menace.

Morgan Paglia

> > S’abonner à Politique étrangère < <

Ce contenu a été publié dans Revue des livres, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.