La politique étrangère de la France

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère
(n° 4/2019)
. Dominique David, rédacteur en chef de Politique étrangère, propose une analyse de l’ouvrage de Maxime Lefebvre, La politique étrangère de la France (PUF, 2019, 128 pages).

Ce petit livre est d’abord une brillante cavalcade dans les relations extérieures d’un très vieux pays : des mythes fondateurs – les « Gaulois », la « Grande Nation » – aux choix contemporains, à travers les chaos de l’histoire. La France, a-t-on pu dire, c’est d’abord une politique étrangère. Maxime Lefebvre confirme que la politique étrangère va de concert avec la cristallisation de l’État fort, un État que sa géographie installe et projette sur des directions multiples. Cette politique s’installe progressivement, dans ses options, ses institutions et ses moyens, en suivant le rythme de la consolidation de l’État, sans rupture majeure.

Ces pages fourmillent de rappels utiles. La politique de la France vise d’abord à affirmer la force du premier État continental d’Europe : c’est « la volonté de la puissance » – pour reprendre un des titres du livre, à distinguer de la volonté de puissance brute, nietzschéisme de bazar. Mais cette volonté s’imprime – ou non – dans des conjonctures ô combien variées. La France, vaincue de l’Europe du Congrès de Vienne, y domine ; la France, vainqueur du traité de Versailles, échoue. Le « système de Vienne » profite à Paris ; le « système de Paris » conduit le pays à la catastrophe de 1940.

En définitive, ne comptent que le jeu des puissances et les équilibres et déséquilibres successifs qui organisent, ou perturbent, l’espace européen – volonté britannique d’éviter toute concentration de puissance continentale, volonté allemande d’émerger comme puissance centrale du continent, errances de l’Autriche-Hongrie, poussée russe vers l’Ouest et le Sud…

Au sortir du second conflit mondial, le doute s’installe. Le monde des puissances dominantes se redéfinit avec la bipolarité ; les empires coloniaux s’effacent comme réservoirs de puissance. Maxime Lefebvre s’attache à décrire les périodes successives de la politique d’une puissance moyenne qui se veut d’échelle mondiale : de l’atlantisme obligé de la IVe République aux options d’aujourd’hui en passant par le gaullisme souverainiste repris par Mitterrand, l’ambiguïté chiraquienne, l’embardée atlantico-sarkozyste, la confusion hollando-fabiusienne.

Tout l’intérêt de ce petit livre est d’offrir dans un remarquable concentré la fresque historique, la description des appareils, et la réflexion sur les options stratégiques. Aujourd’hui, les questions qui se posent à la diplomatie française – l’une des plus étendues, ou extraverties – sont connues. Quel déploiement mondial – autrement dit, jusqu’où (parallèlement à nos présences géographiques très larges) entendons-nous, et pouvons-nous, exercer notre influence politique ? Quelle construction européenne voulons-nous – abdiqué le fantasme du « transfert » de la nation française à l’échelle du continent –, quelle souveraineté européenne construire ? Quel rapport stratégique établir avec notre Sud – étant entendu que la relation spécifique de la France avec la Méditerranée et l’Afrique sera structurante dans les décennies à venir ?

La France, conclut Maxime Lefebvre, est plus qu’une puissance du verbe : une puissance économique, militaire et diplomatique. Cette puissance, elle pourra en user efficacement à deux conditions. Que nous comprenions le monde et nous y adaptions – il n’y a pas de stratégie qui dure dans un monde qui change. Et que la France elle-même perdure : que sa confiance en soi lui permette de se projeter hors d’elle-même.

Dominique David

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