Fighting for Peace in Somalia

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2020).
Jean-Bernard Véron propose une analyse de l’ouvrage de Paul D. Williams
Fighting for Peace in Somalia: A History and Analysis of the African Union Mission (AMISOM), 2007-2017 
(Oxford University Press, 2018, 400 pages).

Cet ouvrage traite de l’intervention multidimensionnelle de l’Union africaine en Somalie, sous le nom d’AMISOM (African Union Mission in Somalia). Sur une décennie, de 2007 à 2017, il en expose le parcours historique et les multiples défis auxquels elle a été confrontée.

Le parcours se divise en six étapes. La première est l’entrée en lice de l’AMISOM dans un pays privé d’État depuis la chute du régime de Siad Barre, et livré à l’insécurité du fait de la multiplication des groupes armés (seigneurs de la guerre, milices claniques, acteurs politico-militaires dont les Shabaab).

Suivent deux années d’impasse marquées par des affrontements non conclusifs pour le contrôle de Mogadiscio, où les Shabaab sont solidement implantés. L’AMISOM passe ensuite à l’offensive, et parvient à en chasser ces derniers. Mais cette victoire militaire n’est pas suivie d’avancées sur le plan politique et pour le fonctionnement de l’État.

L’AMISOM se lance alors dans la reconquête du centre et du sud du pays. Mais, bien que sur le repli, les Shabaab ne s’avouent pas vaincus, et font d’ailleurs allégeance à Al-Qaïda. Et pas plus que lors des périodes précédentes, les succès militaires remportés contre eux n’induisent des progrès significatifs dans les domaines du politique et de la couverture des besoins des populations. À mi-mandat, donc en 2012, c’est le passage à la consolidation dans les régions reconquises.

Enfin, dans les années suivantes, l’AMISOM élargit les régions sous son contrôle, mais avec un éparpillement de ses forces qui les rend vulnérables, et une stabilisation fragile dans les territoires reconquis.

Cette analyse historique éclaire quelques points cruciaux. L’AMISOM mène une guerre et non pas une opération de peace building classique. Certains des pays participants sont souvent motivés par leurs intérêts nationaux. La reconstruction d’un appareil d’État, y compris des forces de sécurité, ainsi que la couverture des besoins des populations, sont toujours en retard par rapport aux succès sécuritaires.

Dans une seconde partie, l’auteur revient en détail sur les défis auxquels a été confrontée l’AMISOM.

– La diversification des missions qui lui sont assignées ;

– la multiplicité des contributeurs financiers, aux modes d’intervention différents ;

– la reconstruction des forces de sécurité somaliennes ;

– la protection des populations et la délivrance de services de base ;

– la communication, domaine dans lequel les Shabaab sont très actifs ;

– la stabilisation des régions reconquises, où le politique et la gouvernance importent plus que le militaire ;

– la préparation d’une stratégie de sortie, sans créer un vide sécuritaire.

En conclusion, l’auteur rappelle que cette mission a été la plus longue, la plus chère, et la plus meurtrière de toutes celles diligentées par l’Union africaine. Mais aussi l’une des plus ambitieuses, vu l’état du pays et l’objectif d’articuler conduite de guerre et reconstruction d’un État. Cet ouvrage est incontestablement une analyse très détaillée de la problématique traitée. Analyse pour laquelle l’auteur s’est appuyé sur un grand nombre de sources et plus de 200 interviews. Ce qui renvoie d’ailleurs à la complexité et à la durée de la crise somalienne – soit aujourd’hui un demi-siècle depuis le début de la guerre civile au début des années 1980 -, à ce jour toujours non résolue.

Jean-Bernard Véron

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