Auteur/autrice : Politique Etrangère Page 136 of 604

Madame l’Ambassadeur. De Pékin à Moscou, une vie de diplomate

Cette recension a été publiée dans le numéro de printemps 2023 de Politique étrangère (n° 1/2023). Claude-France Arnould propose une analyse de l’ouvrage de Sylvie Bermann, Madame l’Ambassadeur. De Pékin à Moscou, une vie de diplomate (Tallandier, 2022, 352 pages).

Fond : photographie par HelloRF Zcool de drapeaux européens. Couverture du livre "Madame l'Ambassadeur. De Pékin à Moscou, une vie de diplomate" de Sylvie Bermann au premier plan.

Sylvie Bermann évoque les « sept vies d’un chat » qu’elle a vécues, moins pour nous parler d’elle que pour nous faire comprendre les pays où l’ont menée ses affectations comme diplomate. Le regard qu’elle partage avec nous sur son parcours, exceptionnel par la pertinence des éclairages qu’il croise, nous donne des clés essentielles pour appréhender le monde auquel nous faisons face aujourd’hui. Ses « transhumances », pour reprendre ses mots, lui ont donné à « voir le monde changer » en représentant la France auprès des pays « qui ont été les acteurs de ce basculement à des périodes charnières » : la Chine, passée de la Révolution culturelle aux réformes de Deng Xiaoping, désormais deuxième puissance mondiale sous Xi Jinping ; la Russie, de la Glasnost à celle de Vladimir Poutine ; New York, siège des Nations unies – à leur acmé après la fin de la guerre froide, moment du « grand rêve bleu » comme le drapeau onusien, bientôt décrédibilisées après les drames en Somalie, au Rwanda et dans les Balkans, avant d’être paralysées de nouveau aujourd’hui – mais aussi cœur de la superpuissance américaine, gendarme du monde, des années Clinton ; Bruxelles, où la politique étrangère de sécurité et de défense faisait ses premiers pas prometteurs ; Londres lors du « séisme » du Brexit. À cette expérience itinérante s’ajoute celle des responsabilités au ministère des Affaires étrangères à Paris : ce Quai d’Orsay qui a fait d’elle la première femme « ambassadeur de France », au sens statutaire de « dignité », ce qui, à l’issue d’un parcours comme le sien, n’était qu’une évidence.

Dans tous ses postes elle fut ce que doit être un diplomate : un professionnel de la négociation, telle celle des accords de Paris sur le Cambodge ; un décrypteur pour ses autorités ; l’incarnation de la France dans son pays de résidence. Elle démontre, mieux que n’importe quel argumentaire, en quoi la diplomatie est un métier, en même temps qu’une vocation. Toutes ses analyses sont nourries par l’observation, les échanges, l’étude et la réflexion, s’appuient sur l’histoire (et même, discrètement, sa propre histoire d’étudiante en Chine mais aussi de descendante d’une grand-mère russe), la culture et surtout l’empathie – distincte de la complaisance, que l’on nomme souvent le syndrome de Stockholm. Sa curiosité est insatiable et l’a menée, à rebours de l’« entre-soi » diplomatique, partout où elle pouvait aller, pour mieux sentir et comprendre, d’autant qu’elle parle la langue des pays où elle a exercé ses fonctions. Elle l’a fait avec bonheur, ce qui illumine son texte, sensible autant qu’intelligent et souvent poétique.

Sylvie Bermann ressent l’émotion, mais ose aussi, face aux tragédies et notamment l’agression de Vladimir Poutine en Ukraine, la rationalité. S’attacher à comprendre ce qui a mené au drame n’est pas excuser ou justifier. C’est chercher les clés pour agir aujourd’hui et demain. Un lendemain où l’on ne rayera pas la Russie de la carte, ni la Chine. Où l’on ne pourra pas s’appuyer sur un système des Nations unies inchangé, face au retour des grands rêves impériaux. Où l’Occident, qui a perdu attractivité et légitimité, ne peut plus prétendre incarner « la communauté internationale – ou pire, le monde civilisé ».

Son épilogue – « le retour de la guerre » – n’est certes pas optimiste, mais il rappelle le principe de réalité et la nécessité de « penser l’impensable, anticiper et planifier, mais aussi se préparer à voir arriver de nouveaux cygnes noirs ». L’auteur lui apporte une contribution précieuse.

Claude-France Arnould

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The impact of the war in Ukraine on the energy sector

This article is the English version of Marc-Antoine Eyl-Mazzega,
« Les conséquences de la guerre d’Ukraine pour le secteur de l’énergie », published in Politique étrangère, Vol. 87, Issue 2, 2022.

Fond : photographie de Zachary Theodore (Unsplash) représentant une plate-forme pétrolière en mer.
Premier plan : couverture du numéro 2/2022 de Politique étrangère, logo bleu.

Russia’s invasion of Ukraine has brought large-scale interstate warfare back to Europe, plunging the Old World into a series of mutually exacerbating crises. The war has a global impact because Russia is the world’s largest exporter of gas (mostly through pipelines) and liquid hydrocarbons (crude oil and refined products), as well as one of the world’s largest exporters of coal, uranium, metals and ores, and of agricultural raw materials and fertilizers. Russia was also on the verge of becoming the world’s fourth largest exporter of liquefied natural gas (LNG), just behind the US, Qatar, and Australia. The conflict’s impact can be seen in the slowdown in global economic growth, an increase in regional instability and specific flash points, inflation raging in most economies, and unprecedented tensions in agricultural and hydrocarbon markets.

Quel avenir pour le trumpisme ?

Le numéro de printemps 2023 de Politique Étrangère est tout juste paru ! Nous avons le plaisir de vous offrir en accès libre l’article  « Quel avenir pour le trumpisme », écrit par Maya Kandel, docteure en histoire de l’Institut d’études politiques de Paris, chercheuse associée à l’université Sorbonne Nouvelle.

Fond : photographie par Wirestock Creators/Shutterstock d'une manifestation aux États-Unis, personne tenant un drapeau bleu sur lequel est écrit "Trump 2024 - save America".
Premier plan : couverture du numéro 1/2023 de Politique étrangère, logo rose.

L’avenir du trumpisme et le destin de Donald Trump sont deux facteurs inséparables de l’évolution du Parti républicain américain, même si les trois termes – Trump, trumpisme, Parti républicain – ne se confondent pas. Le trumpisme désigne les idées fortes de Trump qui se sont imposées au Parti républicain après sa victoire aux primaires et à la présidentielle de 2016. Il englobe la réactivation de courants préexistants et leur amplification grâce au porte-voix que constitue la présidence, au fil Twitter et au talent de communicateur de Trump, ainsi qu’à la symbiose entre la Maison-Blanche et Fox News durant sa présidence.

PE n° 1/2023 en librairie !

Le nouveau numéro de Politique étrangère (n° 1/2023) vient de sortir ! Au sommaire, un dossier sur les États-Unis (quelle stratégie politique et quelle posture adopter désormais ?) et un contrechamps sur la Russie et l’Ukraine (un an après, qu’en est-il ?). Au-delà de ces articles, d’autres contributions viennent éclairer l’actualité : le point sur la situation en Arménie et en Azerbaïdjan après la guerre de 2020, la double crise politique au Pakistan, le Soudan après le coup d’État de 2021… Des textes enrichissants pour ce premier numéro de 2023 !

Outre-Atlantique, les dernières élections demi-mandat ont marqué un échec de Trump, mais le trumpisme reste bien vivace. Les États-Unis doivent-ils imposer sans apprêt leur puissance ? Doivent-ils se voir comme leader mondial de l’ordre démocratique ? Ou ne s’occuper du monde que quand son désordre les menace ? Ce débat de Grande Stratégie n’est pas tranché.

Un an après l’agression russe, la guerre exprime et remodèle les sociétés. Du côté ukrainien : le choix d’une affirmation nationale de plus en plus unitaire, d’un fonctionnement démocratique, d’une ouverture vers un Ouest que symbolisent l’Union européenne et l’OTAN semble de plus en plus large. Du côté russe, la régression est tout aussi claire : répression politique, autoritarisme, retour à une défense paranoïaque appuyée sur des valeurs religieuses et rétrogrades, etc. Les nations se battent et les sociétés s’éloignent l’une de l’autre…

La guerre d’Ukraine dévoile progressivement ses multiples conséquences : sur l’Allemagne, symbole des repositionnements stratégiques nécessaires ; sur l’impossible paix entre Arménie et Azerbaïdjan ; plus largement encore sur les problèmes de sécurité alimentaire. Les difficultés d’exportation via la mer Noire nous rappellent que la faim progresse dans le monde, et spécialement en Afrique, depuis 2019. Un phénomène dramatique et nouveau, après six décennies de recul.

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