Le 6 novembre dernier, le dossier sur l’Algérie paru dans le dernier numéro de Politique étrangère (3/2015) a fait l’objet de la chronique « Idées & Débats : la revue du jour » dans le journal Les Échos.
« LE PROPOS
Fascinante en même temps que désespérante. Pleine de ressources mais tragiquement immobile : dans son dernier numéro, la revue Politique étrangère consacre un excellent dossier à l’Algérie, incapable encore aujourd’hui de sortir de la double impasse que constituent « son pouvoir militaro-sécuritaire » et sa « rente pétro-gazière », dont elle se sert pour acheter la paix sociale au lieu d’investir dans le rayonnement économique et culturel auquel pourrait légitimement aspirer cette grande puissance africaine.
L’espace mondial n’est pas – ou pas seulement – une arène où s’affrontent des puissances. Cette grille de lecture réaliste ne suffit plus dans le monde de l’après-guerre froide. D’autres approches qui analysent les relations internationales avec les outils de la sociologie sont nécessaires.
L’auteur analyse l’histoire du XXe siècle à travers celle du pétrole. Celui-ci est d’abord le produit de sociétés militarisées fondées sur la guerre mécanisée – la guerre de Sécession, la Première Guerre mondiale, le Blitzkrieg vu comme une gestion optimisée de l’énergie, jusqu’à l’usage du napalm au Vietnam. L’industrie pétrolière apparaît ainsi dans cet ouvrage comme un système monopolistique, coercitif et corrompu créé par les Rockfeller. Sauveurs du système financier américain à la fin du XIXe siècle, artisans de la création de la Fed, se présentant comme les grands défenseurs d’un système néolibéral dont ils seraient la banque, ceux-ci auraient orchestré une transformation du capitalisme en corporatisme. S’alliant successivement avec le charbon, le chemin de fer, l’automobile, l’agriculture, l’ingénierie, la banque, le fisc, la science et notamment la science économique, ce cartel international aux multiples ramifications connaîtrait depuis 1989 un renouveau, incarné notamment par JPMorgan et Citigroup. L’auteur souligne, à l’inverse, le rôle des figures qui combatirent Big Oil, de l’essor du Staline de la Bakou pétrolière aux luttes de Kennedy contre les majors.
« Dans une région secouée par des guerres sans fin, au milieu d’un chaos généralisé, le Maroc et l’Algérie semblent relativement épargnés. Pour combien de temps encore alors que l’environnement international risque de remettre en cause ce calme relatif : chute des prix du pétrole, baisse de la rente entraînant une dislocation du tissu social, mettant à nu le fonctionnement du système : structures politiques opaques, clientélisme corruption, faisant le lit d’une islamisation rampante et un chaos extérieur explosif (Sahel, Tunisie, Lybie). Le dossier de Politique étrangère donne un éclairage percutant de l’ensemble de ces questions.
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