Auteur/autrice : Politique Etrangère Page 600 of 612

Disparition de Thérèse Delpech

Nous avons appris hier soir le décès de Thérèse Delpech.
Amie fidèle de l’Ifri, membre de son Conseil stratégique depuis sa création, Thérèse Delpech prenait très souvent part, avec la disponibilité et la fougue qu’on lui connaissait, à nos débats et suivait avec attention, et en les soutenant, tous nos travaux.
Femme de conviction, d’exigence, elle était, chacun d’entre nous le sait, une référence du débat stratégique et intellectuel français : une voix qui porte, qui contraint les autres à se déterminer.
Éminemment attentive à l’humain, sans concession vis-à-vis de ce qui lui semblait le mettre en cause, intégrant sans cesse le débat de défense dans la vision large du philosophe, elle donnait à ce débat un souffle, une ampleur qui vont lui manquer.

Retrouvez ci-dessous les derniers textes publiés par Thérèse Delpech dans Politique étrangère :

Un an après : nouvelles questions sur le raid du 6 septembre 2007 (PE 3/2008)

L’arme nucléaire au XXIe siècle (PE 1/2007)

L’Iran nucléaire : la course contre la montre (PE 3/2005)

Le biologique, arme du XXIe siècle (PE 1/2005)

En outre, Dominique David, rédacteur en chef de Politique étrangère, avait publié une recension de l’ouvrage  de Thérèse Delpech, L’ensauvagement : le retour de la barbarie au XXIe siècle (Grasset, 2005), dans le n°4/2005. Cet ouvrage a reçu le prix Femina de l’essai en 2005.

Économie : Une brève histoire des crises financières

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2011). Jacques Mistral, ancien directeur des études économiques à l’Ifri, propose une analyse de l’ouvrage de Christian Chavagneux : Une brève histoire des crises financières. Des tulipes aux subprimes (Paris, La Découverte, 2011).

Cet ouvrage, c’est d’abord une histoire des bulles financières et des crises qu’elles provoquent, toujours et toujours : c’est une histoire pleine d’innovations, de rebondissements et de catastrophes. À côté des grands classiques – comme la faillite de Law ou la crise de 1929 –, le lecteur aimera (re)découvrir ce qui fait la modernité de la bulle sur les oignons de tulipe aux Pays-Bas au XVIIe siècle ou sur la panique bancaire de 1907 aux États-Unis.

En matière financière, décidément, l’humanité n’a rien appris. Le livre se lit avec facilité et cela bien que l’auteur utilise sa vaste érudition pour offrir un appareil documentaire abondant (il y a près de 200 notes et autant de références bibliographiques précieuses pour qui veut prolonger l’enquête). Au-delà de l’histoire, il y a une thèse qui s’inscrit dans une perspective connue, celle tracée par Charles P. Kindleberger et Hyman P. Minsky : l’innovation financière débridée et l’effet de levier incontrôlé sont les ingrédients de base de la course au profit et à l’abîme. C. Chavagneux enrichit ce modèle sous trois aspects.

D’abord les origines : la crise n’est pas un accident. Elle a été préparée par la mise en œuvre de stratégies très précises – la déréglementation financière, pour être bref. Dans ce contexte, même si l’on est amené à mettre en exergue des fraudes monstrueuses comme celle de Bernard Madoff, la crise n’est pas le produit de quelques comportements déviants : elle a aussi une dimension qui relève, selon l’auteur (suivant ici une analyse illustrée en particulier par William Black), de la criminalité organisée (on pense aux conditions d’octroi et de gestion de certains crédits immobiliers, aujourd’hui devant la justice).

Un second apport concerne le rôle de l’accroissement des inégalités comme « carburant de la crise » (difficile d’échapper en permanence à la tentation des titres accrocheurs). La recherche a récemment mis l’accent sur ce lien et le sujet aurait mérité d’aller plus loin que la mise en cause convenue de « l’influence politique des riches ». Les inégalités sont un résultat, pas une variable de décision, et la question que soulève cette littérature est la suivante : comment pourrait se reconstituer, à l’avenir, sous une forme évidemment nouvelle, le lien fordiste rompu depuis deux décennies entre salaire réel et productivité ?

Troisième apport, la prévention des crises futures. Très averti des travaux du G20, l’auteur décrypte les résultats de ses efforts en faveur d’une meilleure gouvernance financière mondiale. Son jugement est précis et équilibré : ceux qui dénoncent les « G vains » ont tort. De Washington à Séoul en passant par Cannes, un mouvement est enclenché, qui a des faiblesses mais produit néanmoins des résultats ; il faut faire vivre cette volonté politique sans laquelle on peut évidemment craindre de nouvelles crises.

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Les armements et la paix

Le général André Beaufre, un des principaux penseurs militaires français du XXe siècle, a écrit plusieurs articles dans Politique étrangère. Il y a notamment publié, en avant première, le premier chapitre de son chef-d’œuvre, Introduction à la stratégie. En 1962, année de la crise des missiles de Cuba, paraît le texte qui suit, intitulé « Les armements et la paix », dans lequel il nuance notamment le risque d’escalade en cas de conflit nucléaire.

Les armements peuvent être un facteur de paix comme un facteur de guerre. Comment obtenir l’un et éviter l’autre, tel est le problème que politiques et militaires cherchent à résoudre depuis longtemps, mais qu’ils se posent aujourd’hui avec plus d’angoisse, maintenant qu’avec l’arme atomique notamment, le déclenchement d’une guerre paraît généralement devoir mener au suicide.

Sans chercher à résoudre ici ce problème considérable, je crois utile d’en examiner certains aspects plus proprement européens, parce qu’ils sont d’actualité et nous touchent de plus près, et aussi parce qu’ils permettent de mieux saisir la réalité des contradictions parfois assez subtiles qui se cachent sous les arguments souvent trop simples mis en avant par les diverses théories en présence.

Après le drame de la deuxième guerre mondiale, l’Europe s’est retrouvée ruinée et désarmée, en même temps qu’elle était dangereusement menacée par la main-mise stalinienne sur l’Europe orientale jusqu’à Berlin, Prague et Budapest. Le maintien pendant plus de quinze ans de cette division artificielle résultant d’une situation de fin de combat a laissé subsister en plein milieu de l’ancienne Europe une profonde blessure qui se cicatrise mal et dont les suppurations constantes comme les inflammations possibles créent un danger permanent. Ce danger politique est grave et multiforme : il va du risque de soulèvements à l’est du rideau de fer (comme en Hongrie en 1956) au risque de conflits, par exemple en vue ou à l’occasion d’une réunification de l’Allemagne, sous l’égide de l’un ou l’autre des deux blocs qui se partagent le monde. En raison de l’importance politique et économique de l’Allemagne de l’Ouest, chaque événement dans cette zone sensible peut avoir des conséquences psychologiques considérables et amorcer ainsi des évolutions politiques dangereuses ou même irréversibles.

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Syrie : l’islam dans la révolution

Article paru dans Politique étrangère n°4:2011 et rédigé par Thomas Pierret, maître de conférences en islam contemporain à l’université d’Edimbourg. Il vient de publier un ouvrage intitulé  Baas et islam en Syrie. La dynastie Assad face aux oulémas (Paris, PUF, 2011).

La mouvance islamique syrienne ne constitue pas un bloc homogène. Les Frères musulmans ne jouent aucun rôle sur le terrain durant le soulèvement de 2011 mais sont très présents dans l’opposition en exil. Leur autorité est contestée par de nouveaux acteurs islamistes comme le Courant islamique démocratique indépendant. Quant aux oulémas, ils sont divisés entre ceux qui soutiennent le régime et ceux qui s’engagent aux côtés des manifestants, à leurs risques et périls.

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De tous les soulèvements populaires observés dans le monde arabe en 2011, c’est probablement celui agitant la Syrie qui voit la mouvance islamique jouer le rôle le plus visible. Dans bien des cas, ce sont les mosquées qui constituent les premiers foyers de manifestations. Pour se donner du courage, les protestataires entonnent des slogans comme « Dieu est grand » ou « Au Paradis, nous allons, martyrs par millions ». En outre, plusieurs leaders religieux renommés de Damas et Alep critiquent sévèrement le régime tandis qu’en province, d’autres deviennent même les figures de proue des révolutionnaires.

Une telle situation soulève la question du rôle que pourrait jouer la mouvance islamique en cas d’effondrement du régime baasiste. Sans se risquer à un exercice prospectif, on offrira ci-après quelques clés d’analyse en présentant les acteurs en présence et les enjeux auxquels ils sont confrontés.

(cliquer sur la couverture pour voir le sommaire)

S’agissant des islamistes au sens strict, c’est-à-dire des acteurs politiques à référent religieux qui aspirent à participer à l’exercice du pouvoir, on montrera que les Frères musulmans, qui occupent depuis leur origine une position hégémonique sur ce secteur de l’opposition, sont aujourd’hui concurrencés par de nouvelles forces, tant dans la diaspora qu’en Syrie même. On suivra ensuite le rôle joué par le clergé musulman de l’intérieur, aujourd’hui profondément déchiré entre éléments loyalistes et contestataires, puis celui des oulémas exilés qui s’impliquent dans les événements par le truchement des médias. Enfin, on fera l’hypothèse qu’en dépit d’un contexte favorable, la mouvance djihadiste a, pour l’heure, échoué à prendre pied dans le mouvement révolutionnaire.

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