Étiquette : économie Page 35 of 39

End This Depression Now!

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (4/2012). Norbert Gaillard propose une analyse de l’ouvrage de Paul Krugman, End This Depression Now! (New York, W.W. Norton & Co., 2012, 260 pages).

Le Prix Nobel d’économie 2008 rappelle dès le début de son livre l’importance des enjeux. Les risques de dérive autoritaire, la crainte de voir les générations futures sacrifiées le préoccupent au premier chef. Selon lui, la crise que traversent les pays industrialisés depuis cinq ans trouve en grande partie ses racines dans la dérégulation financière mise en place par l’administration Reagan dans les années 1980. Celle-ci a accentué les inégalités, provoqué une désépargne au sein des classes moyennes et populaires, créé un aléa moral de grande ampleur.

Histoire et avenir de l’intégration européenne

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (2/2012). Yann-Sven Rittelmeyer, chercheur au Cerfa (Ifri),  propose une analyse conjointe de l’ouvrage de Luuk Van Middelaar, Le Passage à l’Europe : histoire d’un commencement (Paris, Gallimard, 2012, 480 pages) et de celui de Jean-Claude Piris, The Future of Europe: Towards a Two-Speed EU? (Cambridge, MA, Cambridge University Press, 2011, 176 pages).

Deux éminents praticiens européens – le juriste Jean-Claude Piris et l’historien-philosophe Luuk Van Middelaar – ont publié simultanément deux ouvrages sur l’intégration européenne qui sont remarquables de complémentarité.
L. Van Middelaar livre un nouvel ouvrage sur l’histoire de la construction européenne. S’il s’ajoute à une littérature déjà riche, il n’en est pas moins pertinent de par la lecture personnelle qu’il propose. En choisissant délibérément de s’affranchir des lourdeurs du vocable européen mais aussi – très largement – des références aux écrits scientifiques passés, il resitue dans un récit global les éléments marquants de l’histoire de l’intégration européenne. Destiné autant à un public large qu’aux experts de la chose européenne, le texte pose avec simplicité mais justesse les grands problèmes de l’Union européenne (UE). Et sa distinction entre différentes sphères – interne, intermédiaire, externe – afin d’analyser les relations entre les États européens, puis sa description de trois stratégies – allemande, romaine, grecque – de conquête du public sont des éléments pertinents et stimulants que les spécialistes ne devraient pas négliger.
A contrario, l’ouvrage synthétique de J.-C. Piris se concentre sur l’analyse des scénarios institutionnels à même de permettre à l’intégration européenne de surmonter la crise. Après avoir évalué de manière claire la situation et les atouts actuels de l’UE, il étudie de manière détaillée ces différents scénarios : réviser les traités, approfondir les coopérations dans le cadre actuel ou mettre en place une « Europe à deux vitesses ». Il écarte rapidement le premier scénario au motif de son impossibilité politique. Pourtant, la contradiction entre le refus affiché de rouvrir les traités et les nombreuses demandes de petites révisions aurait sans doute mérité d’être davantage considérée, même si l’analyse ne pouvait conduire qu’au constat du décalage entre discours et volontés politiques réelles. Le deuxième scénario permet à l’auteur non seulement de recadrer salutairement le débat – souvent imprécis et désordonné – sur les intégrations différenciées mais aussi d’exposer les vastes possibilités offertes par les traités actuels.
Compte tenu des difficultés politiques, J.-C. Piris plaide clairement pour une UE à deux vitesses, avec une « avant-garde ». Il effectue toutefois la distinction entre une version soft, sans révision des traités, et une version audacieuse qui appellerait un « traité additionnel », c’est-à-dire un accord juridique international compatible avec les traités européens. La précision dont fait preuve l’auteur dans la formulation des options et de leurs implications juridiques fait de ce livre un utile manuel à l’usage des acteurs politiques.
In fine, au regard des multiples apports de ces deux ouvrages, on serait tenté d’appeler leurs auteurs à l’écriture d’un ouvrage à quatre mains, pour qu’ils puissent se projeter de concert sur l’avenir de l’Europe. De cette mutualisation pourrait naître une vision prospective incluant les enseignements tirés de l’histoire de la construction européenne, les enjeux philosophiques qui l’animent, les contraintes et possibilités juridiques et la désormais indispensable prise en compte des citoyens. Une entreprise ardue mais dont l’Europe aurait bien besoin.

Yann-Sven Rittelmeyer

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30 minutes pour comprendre la crise

Retrouvez ci-dessous la vidéo du débat public organisé à l’occasion de la sortie du dernier numéro de Politique étrangère (1/2012) à la librairie Pedone (Paris 5e).
Jean-Yves GRENIER, directeur d’études à l’EHESS et professeur à l’École polytechnique et auteur de : “La longue durée des dettes publiques” (PE 1/2012) et Norbert GAILLARD, docteur en économie (Sciences Po et Princeton) et auteur de : “La notation souveraine” (PE 1/2012), ont débattu sur le sujet de la crise de la dette.
Cette conférence était présidée par Marc Hecker, rédacteur en chef adjoint de Politique étrangère.

 
30 minutes pour comprendre la crise de la dette par Ifri-podcast

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La crise dans tous ses états

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (1/2012). Marc Crapez, chercheur en science politique associé à Sophiapol (Paris 10), propose une analyse de l’ouvrage de Yann Échinard et Fabien Labondance (dir.), La Crise dans tous ses états (Presses universitaires de Grenoble, 2011, 174 pages).

Cet ouvrage fournit d’utiles repères. La crise des caisses d’épargne américaines aurait pu être évitée si les autorités l’avaient anticipée, en fermant rapidement les institutions insolvables. Comme pour la crise des banques japonaises, une lenteur dans la révélation de la sous-capitalisation a renforcé l’aléa moral. D’abord parce qu’une institution au bord de la faillite est incitée à prendre des risques. Ensuite parce que des pertes latentes non révélées érodent la confiance accordée au secteur financier, en empêchant une distinction entre institutions saines et contaminées.
La crise asiatique de 1997 a permis, lentement mais sûrement, aux membres de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) élargie à ses voisins du Nord, Chine, Japon et Corée du Sud, de jeter les bases d’un régime monétaire et financier régional stable. Furent institués des réunions régulières des ministres des Finances, un renforcement des échanges d’informations et de la surveillance, sans oublier une amélioration de l’offre de ressources étendant les accords de swaps. À noter aussi une initiative visant à rendre les marchés obligataires des membres plus efficaces et plus liquides, en favorisant la capitalisation des marchés obligataires en monnaies locales, l’accès aux données étant facilité par le site Asian- BondsOnline.
Dans la crise grecque, la Banque centrale européenne (BCE) a su s’affranchir des traités européens en achetant directement des emprunts d’État. Les responsables gouvernementaux ont créé un fonds d’assistance financier. Mais l’union monétaire souffre d’un problème de crédibilité, qui résulte en partie de stratégies non coopératives, liées à l’absence de coût du non-respect du Pacte de stabilité et de croissance (PSC). Une union budgétaire pourrait y remédier.
Elle serait assortie d’une agence fiscale européenne, qui rendrait publics les écarts à la cible, afin d’améliorer l’application des règles ou les réajustements. ECOFIN réaliserait des statistiques fiables des finances publiques. Cette transparence permettrait la surveillance des finances publiques par les marchés financiers.

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