Les armes nouvelles

Ce texte a été publié pour la première fois dans Politique étrangère n° 1/1957.
Résistant et déporté, Charles Ailleret (1907-1968) prend en 1951 le commandement des armes spéciales de l’armée de Terre. En 1958, le général Ailleret est nommé commandant interarmées des armes spéciales. Dans ces deux fonctions, il est directement en charge du développement des armes nucléaires françaises jusqu’à leur première expérimentation en 1960. Il est le dernier commandant des forces françaises en Algérie, puis devient en 1962 chef d’État-major des armées.
À ce titre, il organisera le retrait français des instances militaires intégrées de l’OTAN, et se fera l’avocat, dans un texte célèbre, d’une défense nucléaire française « tous azimuts ». Le général Ailleret, qui meurt en 1968 dans un accident d’avion, est un des tout premiers responsables de la formalisation de la théorie nucléaire française.

Il est facile de sentir que les armes nouvelles ont profondément bouleversé la tactique, de là la stratégie et de là l’équilibre politique des nations et des groupes de nations. Mais il est moins facile de se rendre compte avec netteté de la mesure de ce bouleversement et du sens dans lequel il se produit.
Et, d’abord, quelles sont ces armes nouvelles ? L’opinion y classe généralement les armes atomiques, les armes biologiques, les armes chimiques et les engins autopropulsés. Mais, si la réunion de ces diverses armes dans une même catégorie se trouve justifiée par le fait qu’elles sont toutes récentes et d’apparence épouvantable, elles sont loin d’exercer sur les équilibres stratégiques des influences de même importance.
L’arme chimique a pu apparaître à certains comme périmée parce qu’elle n’a pas été utilisée au cours de la Seconde Guerre mondiale. Il n’en est rien. Il est exact qu’à cette époque, dans les conditions de déroulement des opérations et compte tenu des excellents matériels de protection dont disposaient les différentes armées, les toxiques n’avaient qu’un rendement inférieur aux explosifs classiques. Mais, depuis cette époque, les toxiques ont fait de gros progrès – il en existe qui sont des dizaines de fois plus toxiques que les gaz de 1940 – et les moyens de les mettre en place sous forme de concentrations très brutales se sont, eux aussi, très améliorés. Les toxiques pourraient donc, dans des circonstances favorables, prendre l’avantage sur les explosifs classiques. Cependant, ils n’auraient jamais – sauf pour certains problèmes très particuliers – qu’une efficacité du même ordre de grandeur que ces explosifs classiques. S’il est donc absolument indispensable de se préparer à se protéger contre les toxiques qu’un adversaire éventuel pourrait être tenté d’utiliser – et qu’il serait d’autant plus tenté d’utiliser  qu’on serait moins bien protégé – il faudrait attendre,d’un déclenchement de la guerre chimique entre pays qui n’auraient pas négligé leur protection antigaz, une modification des formes de la vie sur le champ de bataille, ainsi que des changements dans les procédés tactiques, mais non une modification radicale des équilibres stratégiques. L’arme chimique n’est qu’un facteur perturbateur stratégique relativement secondaire.

Lire la suite de l’article sur Persée

Pour vous abonner à Politique étrangère via la Documentation française, cliquez ici.

Ce contenu a été publié dans Sélection d'archives, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire