Le développement du tiers-monde

Ce texte a été publié pour la première fois dans Politique étrangère, n° 2/1977.
Bernard Chadenet a été ingénieur à la division énergie de la Banque mondiale, puis directeur des projets, avant de prendre la vice-présidence de l’institution auprès de Robert McNamara et de s’occuper du redressement de projets en difficulté. Il se retire de ses fonctions en 1980.
La Banque mondiale, initialement créée pour aider aux tâches de reconstruction rendues nécessaires par la Seconde Guerre mondiale, réoriente progressivement dans les années 1970 son action en direction des pays les plus pauvres, par le financement de projets de développement. Elle élargit ainsi considérablement son rôle au service de l’ordre économique mondial.

Notre globe condensé par l’intensification des communications, des transports et des échanges peut-il évoluer sans conflits alors que s’y affrontent un groupe de pays prospères et une majorité de pays pauvres dont la population explose ? C’est la question politique la plus grave à laquelle le monde devra répondre en cette fin de XXe siècle.
Après avoir souligné les contrastes économiques de trois classes de pays – industriels, moyennement pauvres et très pauvres – nous examinerons les aspirations du Tiers-Monde pour un Nouvel ordre économique international, suggérerons quelques voies de développement pour les pays pauvres et soulignerons les actions de solidarité que justice et intérêt dictent aux pays industriels.
À l’époque romaine, la population du globe atteignait 200 millions d’habitants. Il faut attendre le Moyen-Âge pour que cette population double, mais au XVIIIe siècle l’expansion démographique se précipite et 4 milliards d’habitants vivent aujourd’hui sur notre planète. Chaque année une population équivalente à une fois et demie celle de la France s’y ajoute : nous serons 6 à 7 milliards à la fin de ce siècle et plus de dix milliards cohabiteront sur cette terre avec nos petits-enfants.
Les niveaux de vie de nos contemporains divergent gravement et, pour en saisir les oppositions, il est tentant de diviser leurs pays en trois groupes : au sommet de l’échelle des revenus, une classe prospère d’une cinquantaine de « pays industrialisés[1] » représente le quart privilégié de la population du globe, un milliard d’habitants, aux revenus supérieurs à 2 000 dollars par an. Puis vient une très vaste classe intermédiaire qui rassemble une centaine de « pays moyennement pauvres[2] ». Elle groupe la moitié de la population du globe, deux milliards d’habitants, aux revenus moyens s’étendant de 2 000 dollars à 200 dollars par an. Au bas de l’échelle, se trouvent une trentaine de « pays très pauvres[3] », où le quart de la population du globe, un milliard d’habitants, aux revenus inférieurs à 200 dollars par an, s’efforce de survivre.
Ce classement est évidemment entaché de simplisme : la comparaison comptable exagère les différences de pouvoirs d’achat, chacune des trois catégories rapproche artificiellement des éventails trop larges de revenus, les pays riches ont des habitants pauvres et vice-versa, mais cette répartition montre clairement que la prospérité d’un milliard s’oppose à la pauvreté de trois milliards, dont près d’un milliard est dénué de tout. C’est ce déséquilibre économique entre pays riches et pays pauvres, aggravé par l’explosion démographique de ces derniers, qui anime le puissant mouvement tendu vers un Nouvel ordre économique international.

1. Les plus peuplés sont les États-Unis, l’Union soviétique, le Japon et les principaux pays d’Europe.
2. Les plus peuplés sont la Chine, le Brésil, le Nigeria, le Mexique, les Philippines et l’Égypte.
3. Les pays les plus peuplés sont l’Inde, l’Indonésie, le Bangladesh et le Pakistan.

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