Wheel of Fortune. The Battle for Oil and Power in Russia

Cette recension est issue de Politique étrangère 2/2013. Thomas Gomart propose une analyse de l’ouvrage de Thane Gustafson, Wheel of Fortune. The Battle for Oil and Power in Russia (Cambridge, MA, Harvard University Press, 2012, 672 pages).

00-Gustafson-9780674066472Le dernier ouvrage de Thane Gustafson est un remarquable exemple d’approche policy oriented, qui réussit de plus le tour de force de raconter une histoire et de la rendre passionnante. Cette histoire, c’est celle de l’industrie pétrolière russe au cours des 20 dernières années. Autrement dit, c’est une histoire de la Russie postsoviétique tant le secteur pétrolier y est, plus qu’ailleurs, au cœur des jeux de pouvoir. En 13 chapitres, T. Gustafson peint une fresque des relations entre l’État et les compagnies énergétiques russes et étrangères. Le principal élément d’explication des contours actuels de cette industrie demeure l’héritage soviétique, qui s’observe aujourd’hui encore dans le domaine des infrastructures, des technologies d’exploration et de production, de la culture de conduite de projets et dans celui des relations avec le politique. Cet héritage soviétique explique en grande partie le très complexe rapport entre l’acceptation et le rejet des partenariats avec les compagnies étrangères, faisant ainsi de la Russie une exception dans le paysage pétrolier mondial.
Vladimir Poutine et ses proches ont su, au cours des 12 dernières années, mettre en valeur cet héritage de manière spectaculaire, au grand bénéfice des groupes russes, d’acteurs individuels et de la croissance russe en général. Or, selon T. Gustafson, tout indique que les marges dans ce secteur vont diminuer, ce qui conduit à s’interroger sur l’avenir du régime de Poutine dont la stabilité dépend toujours du contrôle des revenus énergétiques.
L’industrie pétrolière structure l’activité économique, politique et internationale de la Russie. T. Gustafson parvient à analyser le cadre institutionnel, les tendances lourdes, mais aussi le rôle des acteurs individuels. Impossible de tous les citer, mais comment ne pas évoquer les portraits de Valery Cherniaev (le spécialiste des pipelines de Transneft), de Vagit Alekperov (le patron de LUKoil, qui intègre verticalement les composantes de son groupe), de ses adjoints Leonid Fedun et Nikolaï Tsvetkov, du Sibérien Vladimir Bogdanov (le patron ermite de Surgutneftegaz), de Sergueï et Viktor Muravlenko (les premiers patrons de Yukos), de Joe Mach (l’homme de Schlumberger en Russie, qui révolutionne les techniques de forage) ou de Sergueï Bogdanchikov (qui transforme Rosneft en leader du secteur) ? Ces noms sont sans doute moins connus que ceux de l’emblématique Mikhaïl Khodorkovsky (le patron de Yukos, qui médite en Sibérie les conséquences de son conflit ouvert avec Vladimir Poutine), de Roman Abramovitch (le patron de Sibneft, qui a préféré le football au pétrole), de Gennady Timchenko (le cofondateur de Gunvor) ou, bien sûr, d’Igor Sechin (le tsar du secteur, aujourd’hui à la tête de Rosneft).
Dans sa conclusion, T. Gustafson explique que le secteur pétrolier grossit et déforme toutes les ambivalences des élites russes sur le modèle de développement du pays. C’est, in fine, le contrat social qui est en jeu, et qui ne devrait pas manquer d’être modifié à plus ou moins brève échéance.

Thomas Gomart

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