The Leaderless Economy. Why the World Economic System Fell Apart and How to Fix It

Cette recension est issue de Politique étrangère 3/2013. Emmanuel Mourlon-Druol propose une analyse de l’ouvrage de Peter Temin et David Vines, The Leaderless Economy. Why the World Economic System Fell Apart and How to Fix It (Princeton, NJ, Princeton University Press, 328 pages).

00-Temin-VinesLa thèse centrale de l’ouvrage est résumée dans son titre : l’économie mondiale n’a plus aujourd’hui de puissance leader, capable de donner un certain équilibre au développement économique international, ce qui engendre de multiples crises et déséquilibres. Afin de remédier à cette absence, et de rééquilibrer l’économie mondiale en crise, États-Unis, Europe et Asie devraient s’attacher à trouver une solution coopérative globale, seule à même de compenser les déséquilibres actuels. Les sept chapitres de The Leaderless Economy s’attachent à expliciter ces deux grandes propositions.
Le premier chapitre présente le contexte théorique général dans lequel les auteurs situent leur analyse. Ils y soulignent notamment la nécessité de comprendre les problèmes économiques contemporains dans leur dualité « interne » et « externe ». Les problèmes nationaux des pays pris individuellement – problèmes « internes » – ne doivent pas être analysés de façon séparée des déséquilibres de l’économie internationale – problèmes « externes ». La crise de la dette souveraine que traversent certains pays européens ne peut être résolue sans prendre en compte les implications mondiales de cet état de fait. Inversement, un rééquilibrage des dynamiques économiques au niveau mondial ne peut ignorer les enjeux « nationaux ».
Les chapitres deux à quatre reprennent des éléments connus afin de mettre en lumière la thèse d’une leaderless economy. La Grande-Bretagne, pour une partie du XIXe siècle et jusqu’à la Grande Guerre, et les États-Unis de la Seconde Guerre mondiale à la fin du XXe siècle, ont exercé un leadership international capable d’équilibrer le développement économique mondial. L’absence d’un tel leadership, pendant l’entre-deux-guerres aussi bien qu’aujourd’hui, engendre d’importants déséquilibres internationaux. Les chapitres cinq à sept expliquent la crise actuelle – au niveau de la zone euro et au niveau mondial – avec les éléments avancés précédemment, et esquissent quelques propositions pour surmonter la crise. Il est regrettable que l’histoire de la construction européenne (chapitre cinq, nécessairement bref pour des raisons d’espace) soit présentée avec un certain nombre de simplifications. Ainsi l’idée (et les premières tentatives) d’unification monétaire européenne ne sont pas nées une fois « l’âge d’or » économique de l’après-guerre terminé mais bien dès les années 1960, avec les plans Marjolin, Barre et Werner. L’idée avancée par les auteurs selon laquelle l’intégration monétaire aurait marqué une volonté des dirigeants européens de retourner à cet « âge d’or » économique devrait donc s’en trouver nuancée. De plus, l’émergence de l’Union économique et monétaire n’est pas le fruit de la réunification allemande – celle-ci n’a fait, au mieux, qu’accélérer la réalisation de celle-là.
Parmi les propositions avancées, Temin et Vines recommandent une relance de la demande aux États-Unis et en Europe, qui mettrait un terme provisoire aux politiques d’austérité, ainsi qu’une relance de la demande en Chine. Mais tout cela devrait se produire alors qu’aucun leader incontesté n’a encore émergé – à moins que la Chine, comme les auteurs le suggèrent en toute fin d’ouvrage, ne parvienne, même de façon imparfaite, à remplir ce rôle.

Emmanuel Mourlon-Druol

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