Security and Defence Policy in the European Union

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (1/2015). Thierry Tardy propose une analyse de l’ouvrage de Jolyon Howorth, Security and Defence Policy in the European Union (Palgrave Macmillan, 2014, 2e édition, 300 pages).

En 2007, la parution de la première édition de cet ouvrage d’un des meilleurs spécialistes de la défense européenne[1] avait été saluée pour l’exhaustivité et la qualité de ses analyses. À l’époque, l’examen se voulait raisonnablement optimiste sur les réalisations d’une Union européenne (UE) en phase de croissance et qui pouvait se prévaloir de quelques succès visibles. Comme rappelé dans la préface par l’auteur, sept ans après, la situation a bien changé dans l’espace européen, et le bilan de l’UE est moins flatteur. La politique de sécurité et de défense commune (PSDC) s’essouffle ; les États membres se montrent moins enclins à la soutenir : en témoignent les difficultés rencontrées dans l’établissement de nouvelles opérations, de la Libye à la République centrafricaine. Les institutions permettant à l’UE de définir et d’assurer une politique de sécurité ont été mises en place, mais les capacités militaires et civiles font encore largement défaut. Les groupements tactiques sont opérationnels depuis 2007, mais n’ont à ce jour jamais été déployés. Et les efforts de mutualisation des capacités militaires et civiles n’ont pour le moment produit aucun résultat tangible. Plus inquiétant encore, plus de 15 ans après le lancement à Saint-Malo de l’Europe de la défense, l’UE peine à s’imposer comme cadre privilégié des politiques de sécurité de ses États membres.

Dans ce contexte morose, Jolyon Howorth dresse un portrait exhaustif de ce qui fonde la PSDC : ses origines, son développement institutionnel, l’impact sur le lien transatlantique, les contraintes politiques et opérationnelles, les débats académiques, mais aussi ses réalisations. La meilleure façon de comprendre cette politique consiste à s’intéresser à « ce qui est fait », prévient-il. Et les réalisations sont nombreuses, avec 32 opérations en 10 ans, dont huit opérations militaires – la neuvième, en République centrafricaine, ayant été initiée après la parution de l’ouvrage. Dans le champ civil, l’UE a développé un réel savoir-faire dans les domaines de la réforme du secteur de la sécurité (RSS), de l’établissement d’un état de droit et de la formation, tandis que les institutions bruxelloises en charge de la gestion civile des crises montaient en puissance. Le domaine militaire est resté plus intergouvernemental et finalement plus contraint, notamment en raison du faible soutien que lui apportent la grande majorité des États membres. Howorth ne juge pas le degré de succès de ces opérations mais il rend compte des débats existants dans la littérature, lesquels sont plus souvent critiques du rôle de l’UE qu’élogieux sur les résultats obtenus. L’auteur n’en souligne pas moins les avantages comparatifs de l’UE, sa capacité à combiner outils militaires, civils, diplomatiques et économiques, autant que la spécificité de l’organisation, laquelle suggère que les notions de culture stratégique ou d’identité ne peuvent être appliquées ici comme elles le seraient à un État.

Pour Howorth, l’émergence de l’UE comme acteur de la sécurité est une « œuvre inachevée » (work in progress), ce qui laisse entendre que la construction d’une politique européenne de sécurité et de défense va se poursuivre, en dépit des obstacles. Outre sa dimension pédagogique, l’une des vertus de cette seconde édition refondue est d’offrir une analyse serrée et équilibrée d’un projet dont la complexité et le potentiel méritent davantage que l’approche décliniste souvent pratiquée.

Thierry Tardy


[1] Politique étrangère, vol. 73, n° 1, printemps 2008, p. 186-189.

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