Violence After War

Cette recension d’ouvrage est issue de Politique étrangère (1/2015). Jérôme Marchand propose une analyse de l’ouvrage de Michael J. Boyle, Violence After War: Explaining Instability in Post-Conflict States (Johns Hopkins University Press, 2014, 434 pages).

Michael J. Boyle s’est intéressé aux poussées de violence auxquelles font face certains États à peine sortis d’une expérience de lutte armée, menée sur tout ou partie de leur territoire, et ponctuée par la signature d’accords de paix formalisés. Avec deux questions en tête : quels facteurs déterminent la constitution de défis articulés visant à redéfinir les équilibres de forces et les affectations de ressources ? Que reflètent les variations d’intensité de la violence stratégique dans ces États post-conflit ?

La partie la plus stimulante de l’ouvrage est celle qui détaille le modèle explicatif mis au point par l’auteur. Celui-ci y distingue deux modalités de résurgence de la violence stratégique. D’une part la voie directe, qui réplique le conflit initial et ses lignes de forces (motivations, antagonismes, instruments). D’autre part la voie indirecte, qui se nourrit de la fragmentation des factions en présence, et donne lieu à une prolifération de jeux de pouvoir partiellement déconnectés des enjeux d’antan, codéterminés par des logiques organisationnelles et régionales, donc moins prévisibles. Ces deux voies ne sont pas exclusives, ce qui peut mener à des hécatombes persistantes – comme en Irak entre 2003 et 2008. En complément, Boyle recourt à la notion de structure des opportunités pour déterminer ce qui favorise ou non le recours aux armes : 1) vulnérabilité de tel ou tel groupement (ethnique, religieux, politique) de la société civile ; 2) flexibilité de l’appareil d’État face aux forces ascendantes ; 3) aptitude et disposition des intervenants extérieurs (occupants ou pacificateurs) à contenir les violences (offensives ou défensives). Vu sous un angle utilitaire, ce modèle fournit aux forces de maintien de l’ordre des clés pour anticiper les flambées de violence et identifier les systèmes d’enjeux sous-jacents qui déterminent leurs points de fixation.

Violence After War s’appuie sur une base de données regroupant 52 exemples d’États post-conflit, couvrant la période 1989-2007. À partir de cet échantillon, Boyle n’a pas simplement élaboré une échelle des différents niveaux de violence stratégique (massive, éparpillée, occasionnelle, résiduelle). Il a aussi extrait cinq cas d’étude (Bosnie, Rwanda, Kosovo, Timor oriental et Irak) qui lui ont servi à tester et affiner ses hypothèses. D’un abord pas toujours facile, vu le style conceptuellement chargé de l’auteur, ces tableaux ont le mérite de s’appuyer sur des enquêtes de terrain, qui confèrent à l’ensemble un minimum de densité sociologique. Les recommandations de fin d’ouvrage s’adressent prioritairement aux forces d’interposition extérieures. En substance : gare aux approximations et aux simplismes des bureaucraties (civiles et militaires) pseudo-savantes, mal équipées pour appréhender les cultures allogènes, trop rigides et lentes pour décoder en temps réel les recompositions post-conflit. Tout en se défiant de leurs illusions narcissiques (mythe du grand réparateur de torts et fantasme du deus ex machina), les instances médiatrices doivent affiner leurs analyses pour cerner avec précision les logiques organisationnelles et les dilemmes politiques auxquels font face les ex-belligérants, dès lors qu’ils rentrent dans une logique de démobilisation.

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