Welcome to the Poisoned Chalice

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère (n°4/2016). Vincent Bignon propose une analyse de l’ouvrage de James K. Galbraith, Welcome to the Poisoned Chalice. The Destruction of Greece and the Future of Europe  (Yale University Press, 2016, 232  pages).

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Quand en janvier 2015, Yanis Varoufakis accueille James Galbraith dans les locaux du ministère grec des Finances, il lui dit : « Bienvenue au pays du calice empoisonné ! ». Galbraith, professeur à l’université du Texas à Austin, est très actif dans les milieux socio-démocrates européens. Il arrive à Athènes avec quelques banquiers de Lazard pour y conseiller le nouveau ministre. Il y reviendra quelques jours par mois jusqu’en juillet et sera l’un des experts du « plan B », c’est-à-dire des mesures que la Grèce aurait dû prendre si elle était sortie de la zone euro. Galbraith publie dans ce livre ses différentes contributions au débat sur la gestion européenne de la crise grecque. On y trouve les conférences qu’il a données pour des cercles de réflexion européens, des tribunes publiées dans la presse depuis mai 2010, quelques courriels, ainsi que des mémos écrits pour Varoufakis.

La thèse générale de l’ouvrage est (bien) connue. La politique d’austérité budgétaire, imposée par l’Union européenne, et plus particulièrement un certain nombre de pays, était vouée à l’échec au regard de son but, à savoir améliorer la soutenabilité des dettes publiques. En effet, elle a créé une récession qui réduit le PIB beaucoup plus vite qu’elle ne dégage les ressources nécessaires au remboursement de la dette. En fin de compte, le ratio d’endettement augmente, et toute la population s’appauvrit sans que les dettes en soient plus soutenables. Galbraith ajoute que les problèmes budgétaires de la Grèce étaient amplifiés par les inefficacités d’un État défaillant (notamment pour la collecte de l’impôt), et une classe politique incapable de proposer des solutions aux souffrances du pays. C’est sur la base de ce diagnostic que le gouvernement dirigé par Tsipras, dès son entrée en fonction, aurait donné son accord à 70 % des mesures requises par les institutions internationales en charge de négocier une solution à la crise grecque, tout en refusant les 30 % de mesures qui avaient un effet dépressif sur l’activité économique. La suite est connue : l’échec des négociations et le référendum de juillet 2015.

L’ouvrage n’ajoute pas beaucoup d’informations au lecteur attentif de la presse internationale. Il recèle cependant quelques documents intéressants, notamment les courriels envoyés à l’adjointe du secrétaire au Trésor des États-Unis, dans lesquels Galbraith décrit les intentions du gouvernement Tsipras. L’ouvrage contient également quelques notes écrites du « plan B ». Ces notes sont très générales, au point que le lecteur se demande si la sortie de la Grèce a été sérieusement considérée. Les différentes tribunes reflètent incontestablement le goût de Galbraith pour la polémique et présentent des opinions tranchées et parfois discutables. Son approche des processus de décision européens est toutefois particulièrement stimulante. Son diagnostic est que le projet européen échouera sans changement des processus de décision, sans passage d’une organisation confédérale à une organisation fédérale. L’architecture actuelle favoriserait la prise de décision permettant de rejeter la faute sur les autres, plutôt que la fabrication de solutions mutuellement avantageuses. Ce livre peut finalement être lu comme un témoignage polémique sur un sujet crucial pour l’avenir de l’Union.

Vincent Bignon

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