La chasse aux idées reçues

Le blog Reflets du Temps, qui consacre une large place aux questions internationales, a publié mercredi 13 septembre un article mettant à l’honneur le numéro d’été (n° 2/2017) de Politique étrangère : « ASEAN : 50 ans d’une expérience singulière ».

 

Inattendu, peut-être, ce regard sur la revue de PE de l’IFRI, cet été, mais bien réel. Que d’idées reçues, en effet, toutes faites et boulonnées, dans nos représentations, et en géopolitique, pas moins qu’ailleurs ! Le propre des chercheurs étant de les désigner et de tenter de les redresser. Dans ce numéro, la pêche est particulièrement bonne pour les lieux où stagnent les idées reçues, et réjouissants, leur déboulonnage et, sans doute, la saine déstabilisation qui suit, seule capable de faire avancer notre regard sur le monde, première mission que se donne l’IFRI.

Le sujet principal, ASEAN ; 50 ans d’une expérience singulière, est un nid d’idées reçues, notamment par sa situation périphérique dans les informations quotidiennes que nous utilisons, et, par ces monceaux d’ignorance, ces lacunes, et autres trous d’ombre, dans « notre » géopolitique personnelle, se révélant reléguée à un « quelque chose d’uni, aux bords de la grande Chine ». Fondée en 1967, l’ASEAN, allie Indonésie, Malaisie, Singapour, Philippines, Thaïlande, Brunei, Vietnam, Laos, Birmanie, Cambodge, unis en cercles progressifs. Union d’Asie du Sud-Est, à la fois comparable, au premier regard du moins, à notre Union européenne, et tellement différente – parallèle pédagogique énoncé dès l’introduction. On a là une marche discrète et continue, des « procédures et institutions légères, sans gouvernement central, ni fantasme d’unification politique » ; l’idée reçue chez nous étant – là, comme ailleurs, mais là, significativement – de penser tout à notre aulne, que nos analyses, procédures et même difficultés sont modélisables à l’infini. Or, si l’ASEAN sera demain bien obligée de marcher différemment avec l’émergence chinoise et son poids, l’IFRI rappelle à notre point de vue européen que « le monde est tout humain, mais nous ne sommes pas toute l’humanité ». Cinq forts articles devraient participer à « nous caler » le regard, sur cette fondamentale partie du monde.

La rubrique Contrechamps s’attaque avec deux articles essentiels à l’Union européenne, particulièrement :« Zone Euro : sous les dettes, la croissance ? ». Crise, croissance, dettes… triptyque d’importance en matière de représentations tenaces et peut-être fallacieuses, en matière de thèse, point de vue arrêté, genre front contre front, encore davantage. Quel débat, chez nous, n’aborde pas, même aux marges, ce sujet ?

Un premier article, très argumenté : « Les politiques européennes et le futur de l’Euro » met à mal « l’interprétation politique dominante accusant les excès de dette publique accumulés par des pays du sud, dits indisciplinés, ayant ainsi financé leur État providence ». Idée reçue, s’il en est, dans l’imaginaire de chacun sur les problèmes actuels d’une Europe en dérive, voire en échec. Des responsables désignés, pas vraiment loin du bouc-émissaire, toujours utile. On reconnaît dans le développement des pans entiers d’opinions politiques, partitaires, en France et en Europe. Mais, les compétences économiques de l’auteur, sa capacité pédagogique à poser les idées reçues, les décrypter avant d’avancer d’autres hypothèses étayées, donnent à cet exposé une force convaincante et armée qui manque à plus d’un débat. Le second article se pose « en face », et nous y reconnaissons là aussi l’argumentaire face B, prôné dans maints débats ; les mêmes évidemment : « stabilité et croissance en zone euro ; les leçons de l’expérience ». Le « retour au réel » est fortement convoqué ; « la croissance et l’emploi ne proviennent pas des miracles de la manne répandue par les États ou des fabricants de bulles spéculatives, mais bien du travail productif, de l’épargne et de l’investissement ».

Confrontant ces deux lectures, toujours étayées, comme d’usage à PE, de références multiples et précises, faut-il dire qu’on en sort, interrogés, mieux armés face à ce temps européen qui est notre logiciel indépassable.

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