How Statesmen Think: The Psychology of International Politics

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne de Politique étrangère (n°3/2017). Jérôme Marchand propose une analyse de l’ouvrage de Robert Jervis, How Statesmen Think: The Psychology of International Politics (Princeton University Press, 2017, 304 pages).

Robert Jervis, auteur du magistral Perception and Misperception in International Politics (Princeton University Press, 1976), nous ­propose un recueil de textes publiés entre 1982 et 2010 dans des revues scientifiques ou des ouvrages collectifs. Certaines contributions ont été actuali­sées. C’est le cas notamment de celle traitant de la théorie des ­dominos (chapitre 11), qui s’est délestée de passages consacrés aux postures USA-URSS du temps de la guerre froide. L’auteur n’a pas pour autant procédé à un grand travail de réécriture, ce dont on lui saura gré.

Une fois complétée la première ­lecture, la juxtaposition de textes connus et moins connus, étalés sur plus de 25 ans, s’avère précieuse pour comprendre comment Jervis a enrichi ses réflexions, et adapté ses interrogations aux problèmes de sécurité du XXIe siècle. Le tout sans se départir de sa curiosité pour les matériaux empiriques et les cas d’étude historiques. Ni renoncer à comprendre ce qui amène des acteurs a priori « éclairés » à former de faux jugements sur eux-mêmes, leurs adversaires, leurs manières respectives de traiter les situations conflictuelles, leurs coups optimaux, puis à s’y accrocher.

S’agissant de sa structure, How Statesmen Think se divise en quatre ­sections. L’ouvrage examine d’abord les concepts clés de la psychologie politique (croyances, inconsistances…), puis passe aux biais cognitifs et aux schémas heuristiques préférentiels des grands décideurs (chapitres 3 et 4). Vient ensuite une série de textes observant les connexions entre ces acquis et certains des problèmes récurrents auxquels font face théoriciens et praticiens des relations internationales : distorsions entre la projection de signaux intentionnels et le décodage opéré par les destinataires, mauvaise articulation entre leaders gouvernementaux et renseignement d’État, impact des identités nationales sur les représentations de l’adversaire principal… Également à signaler dans cette troisième partie : un essai plus abstrait, « Political Psychology Research and Theory » (chapitre 6), qui évoque les multiples obstacles empêchant l’optimisation graduelle des processus décisionnels. La dernière partie de l’ouvrage aborde la manière dont les perceptions élitaires de la « réalité objective » affectent le décodage des crises et des scénarios de crise.

Dans un style exigeant, How Statesmen Think donne à la fois d’abondants exemples et de multiples aperçus conceptuels. Certaines sections manquent peut-être de limpidité. C’est le cas, notamment, de « Psychology and Crisis Stability » (chapitre 10). Plus généralement, le découpage thématique laisse un sentiment de flottement, la transition entre les chapitres se faisant par bonds. Un esprit grincheux relèverait en outre que l’auteur revient sans cesse sur la confrontation ­USA-URSS du temps de la guerre froide, au risque de négliger ce qui se passe dans des environnements moins structurés et moins « ritualisés ». Mais dans l’ensemble les vertus prédominent. Compte tenu des blancs laissés par la théorie du choix rationnel et la théorie des jeux, ce type d’ouvrage enrichit considérablement la compréhension des « boîtes noires » d’où se dégagent les buts et les choix de politique étrangère des États-nations modernes. Et il livre bien entendu une multitude de clés utiles pour comprendre et anticiper les risques que pose la twitto-présidence Trump.

Jérôme Marchand

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