La quatrième révolution industrielle

Cette recension a été publiée dans le numéro d’automne de Politique étrangère (n°3/2017). Norbert Gaillard propose une analyse de l’ouvrage de Klaus Schwab, La quatrième révolution industrielle (Dunod, 2017, 208 p.).

Klaus Schwab, fondateur et président du Forum économique mondial, analyse ici en profondeur la quatrième révolution industrielle, qui commence à transformer nos sociétés. La thèse de l’auteur est que les multiples innovations apparues depuis le début du siècle sont constitutives d’une nouvelle révolution industrielle. Il avance trois arguments pour étayer son point de vue : la rapidité du phénomène, son ampleur et son impact.

La matrice de cette quatrième révolution industrielle est la puissance de l’intelligence augmentée qui permet un accroissement sans précédent des capacités de production. Les conséquences sont évidentes : le travailleur insuffisamment qualifié est le perdant de cette mutation. À l’inverse, le détenteur de capital (financier, humain ou techno­logique) ressort gagnant. Klaus Schwab entrevoit deux obstacles à l’accomplissement de cette nouvelle révolution : l’inadaptation du système politique, économique et social, et l’absence de récit collectif expliquant les opportunités du monde en gestation.

L’étude de l’impact de ces changements technologiques occupe l’essentiel du livre. Cinq grands domaines sont passés en revue : l’économie et le monde de l’entreprise, d’une part ; l’État, la société et l’individu, d’autre part.

Les bouleversements économiques à attendre sont de taille : disparition de certains emplois (professionnels du télémarketing, conseillers fiscaux, secrétaires), plus grande autonomie des travailleurs et généralisation de la notion de « mission ». Une précarisation accrue est à craindre. Les entreprises auront les moyens d’augmenter leur production et leur productivité. Les stratégies de plateforme assureront une valorisation des biens et des services proposés. En contrepartie, il faudra investir massivement dans la sécurisation des données afin de lutter contre les cyberattaques.

Les États, quant à eux, gagneront en efficacité grâce à une nouvelle gouvernance numérique mais les défis sont nombreux. Le principal est sans doute la montée en puissance de micro-pouvoirs. Le meilleur (démocratisation et pluralisme) pourrait côtoyer le pire (cyberguerre et propagande antidémocratique). Ces chocs technologiques sont susceptibles de cristalliser des tensions politico-religieuses et d’aggraver les inégalités sociales. Les classes moyennes risquent d’ailleurs de se sentir déclassées dans une société toujours plus connectée, productive et transparente. L’individu améliorera son accès à l’information et au savoir mais perdra une partie de son empathie et de sa capacité à se concentrer. Cependant, c’est la recherche en matière génétique qui pose les questions éthiques et philosophiques les plus épineuses : les concepts d’identité et d’individu auront-ils encore un sens dans une génération ?

Les annexes sont tout aussi passionnantes. Sélectionnant 23 mutations majeures (telles que les technologies implantables, l’internet des objets, la maison connectée, la voiture autonome, l’intelligence artificielle dans le milieu professionnel, l’impression 3D, les neuro­technologies), Schwab présente systématiquement les enjeux ainsi que les effets positifs et négatifs attendus.

Cet ouvrage vaut le détour : clair, ­instructif, il n’occulte pas les diffi­cultés que pose la quatrième ­révolution industrielle.

Norbert Gaillard

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