Wars of Modern Babylon: A History of the Iraqi Army from 1921 to 2003

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère (n° 4/2017). Pierre Razoux propose une analyse de l’ouvrage de Pesach Malovany, Wars of Modern Babylon: A History of the Iraqi Army from 1921 to 2003 (University Press of Kentucky, 2017, 984 pages).

Une bible ! Pesach Malovany, historien et colonel en retraite du service de renseignement militaire israélien, nous offre la somme définitive sur l’armée irakienne et les conflits auxquels celle-ci a pris part depuis sa création à la chute de Saddam Hussein. Il s’agit de la version réduite et traduite en anglais d’un livre initialement publié en Israël.

L’auteur a passé sa vie à décrypter l’évolution de l’armée irakienne des années 1970 aux années 2000. Arabophone, il a eu accès aux meilleurs documents collectés par les services de renseignement israéliens et américains. Plusieurs des cartes présentées proviennent d’ailleurs des états-majors irakiens, et ont été glanées au fil du temps par le renseignement israélien.

Cet ouvrage imposant, illustré de 59 cartes remarquables, mais aussi par une centaine de photographies en noir et blanc originales, retrace avec une précision d’horloger la création, l’engagement au combat et les évolutions de cette armée irakienne baasiste qui fit trembler le Moyen-Orient, des années 1970 aux années 1990. Il est scindé en 56 chapitres regroupés en cinq grandes parties. Les quatre premières, chronologiques, se focalisent sur la période qui va des origines à la prise du pouvoir par Saddam Hussein (1921-1979), sur la guerre Iran-Irak (1980-1988), sur la guerre du Koweït (1990-1991) et sur la période sous sanctions internationales et s’achève en 2003 par le déclenchement de l’opération Iraqi Freedom. La cinquième partie présente toutes les armées et services de l’armée irakienne. Le dernier chapitre, très détaillé, est consacré aux tentatives du régime irakien de se doter d’armes non conventionnelles, qu’elles soient chimiques, biologiques ou nucléaires. L’ensemble est remarquablement référencé, et comprend des témoignages précieux d’anciens militaires irakiens ayant fui leur pays.

Outre le récit très détaillé des opérations pendant la guerre Iran-Irak, les deux parties les plus novatrices de l’ouvrage concernent la vision irakienne de la guerre du Koweït et de la guerre défensive de 2003 contre la coalition conduite par les États-Unis. On y trouve une masse précieuse d’informations.

L’appareil critique (annexes, notes et références, bibliographie et index) constitue à lui seul un outil remarquable pour l’historien et le chercheur. Tout comme les ordres de bataille extrêmement précis qui émaillent l’ouvrage et feront le bonheur des spécialistes d’histoire militaire. Les sociologues y trouveront également leur compte, car l’auteur décrit avec force détails l’évolution du corps des officiers et les modes de recrutement et d’entraînement des soldats. Les stratèges ne sont pas oubliés non plus, puisque cet ouvrage laisse une place importante aux doctrines d’emploi des forces et des différentes armes utilisées au fil du temps. Le combat de blindés et d’infanterie fait ainsi l’objet d’analyses détaillées. L’auteur s’intéresse également aux corps techniques (artillerie, génie, transmissions, logistique). On pourra peut-être regretter la place limitée faite à l’aviation et à la marine, l’essentiel de l’ouvrage portant sur les forces terrestres, mais on dispose là d’une somme remarquable qui fera date. Il faut espérer que le deuxième ouvrage publié récemment en hébreu par Pesach Malovany, consacré à l’armée syrienne contemporaine, sera rapidement traduit en anglais.

Pierre Razoux

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