Guerre, armée et communication

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère (n° 4/2017). Rémy Hémez propose une analyse de l’ouvrage dirigé par Éric Letonturier, Guerre, armée et communication (CNRS Éditions, 2017, 216 pages).

Cet ouvrage collectif se concentre plus particulièrement sur l’impact de la révolution numérique et des réseaux sociaux sur l’institution militaire et le fait guerrier. Il n’est pas possible de revenir ici sur toutes les contributions. Nous en évoquerons quelques-unes, parmi les plus marquantes.

André Thiéblemont, dans une partie particulièrement intéressante pour les non-initiés, s’intéresse aux phénomènes de communication en zone de combat. Il explique notamment l’enjeu que représente la transmission des ordres. Cette transmission se voit bouleversée au moment où les réseaux numériques permettent de passer d’un système strictement pyramidal à une diffusion horizontale.

Une excellente synthèse de l’histoire des « soldats de l’image » est proposée par Bénédicte Chéron. Le premier service des armées dédié à la communication naît en 1915. Plus récemment, l’année 2004 a constitué un tournant. Lors de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire, les armées françaises ont manqué d’opérateurs pour filmer les événements de l’hôtel Ivoire, et « l’absence d’images utilisables pour venir appuyer l’histoire des armées françaises a pénalisé la communication politique et militaire ». En conséquence, le développement du service de communication a été accéléré. La fin de la guerre d’Afghanistan et l’opération Serval en 2013-2014 constituent une autre période charnière. Les « réalités guerrières » sont désormais mieux assumées.

Barbara Jankowski nous propose quant à elle une intéressante mise en perspective de l’évolution de l’opinion des Français sur leurs armées. Elle est désormais très favorable – 87 % d’avis positifs en 2016 –, alors qu’elle était négative à la fin de la guerre d’Algérie. La professionnalisation en est une explication majeure. L’approbation des opérations extérieures est, elle aussi, forte. En janvier 2013, 71 % des Français étaient favorables à l’intervention militaire au Mali. Cette caractéristique distingue la France de la plupart de ses alliés. Cette adhésion est cependant conditionnelle : un événement comme l’embuscade d’Uzbin de 2008 reste susceptible de faire basculer l’opinion.

L’état de la présence des militaires français dans l’espace public numérique est exposé par Michel Sage. Certains soldats, aviateurs et marins ont en effet profité de l’avènement de ce nouveau support pour s’exprimer, et devenir, selon le mot de l’auteur, des « milinautes ». L’omniprésence d’internet et des réseaux sociaux a poussé l’institution militaire à réagir, en imposant parfois la déconnexion en opération extérieure, en menant des campagnes de sensibilisation au bon usage des réseaux sociaux, ou encore en « contre-communiquant » via des sites internet institutionnels et une présence croissante sur les réseaux sociaux. L’armée de Terre a, par exemple, plus de 100 000 followers sur Twitter. L’auteur pointe en conclusion un risque de « cantonnement numérique » qui limiterait les militaires à un entre-soi.

L’ouvrage mérite donc d’être lu, en dépit de la présence de contributions de qualités variables, et parfois à la limite du sujet.

Rémy Hémez

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