Les grandes lignes de la politique étrangère de la France

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Cet article, écrit par le journaliste allemand Ernst Weisenfeld, a été publié dans le numéro de printemps 1975 (n° 1/1975). Analysant les principaux événements depuis la Seconde Guerre mondiale, l’auteur s’efforce de définir les réactions que suscite à l’extérieur la politique étrangère française. Bien que celle-ci continue à être fortement influencée par les options fondamentales du gaullisme, on constate une certaine réorientation, notamment en ce qui concerne les rapports avec les États-Unis, et le souci d’adapter la diplomatie de la France à ses possibilités réelles.

« L’élection du nouveau président de la République et certains gestes qui ont accompagné ce changement, ont été interprétés avec raison comme les signes d’un réajustement de la politique étrangère française. Bien que l’échec indéniable du candidat gaulliste n’ait pas été lié à des problèmes de politique étrangère, il a cependant montré que dans de très larges couches électorales une « certaine idée de la France » trouvait moins d’échos qu’auparavant. Les changements intervenus dans la diplomatie française restent en-deçà de ce que beaucoup attendaient, ce qui explique la déception qui s’est manifestée ici et là. Une telle déception aurait pu être évitée si l’on s’était rendu compte à temps des quelques données fondamentales, des contraintes intérieures et des intérêts de base qui déterminent l’action internationale de la France.

Je vais essayer d’analyser ces facteurs essentiels.

Lorsque en 1950, la France, sous l’impulsion de son ministre des Affaires étrangères, Robert Schuman, et de son Commissaire au Plan, Jean Monnet, a conçu sa politique européenne, elle cherchait avant tout et d’une façon originale et durable à tirer les conséquences du fait que la période d’après-guerre s’était terminée par la désunion et les conflits dans le camp des vainqueurs de la deuxième guerre mondiale.

Cette conception était basée sur un certain nombre d’idées fondamentales.

Il s’agissait en effet de :

— Canaliser l’industrie allemande désormais libre de toute entrave dans une direction qui excluerait un nouveau conflit franco- allemand et qui faciliterait l’industrialisation de la France.

— D’amarrer les Allemands disponibles à l’Occident et de contrôler l’exigence allemande visant la réunification du pays.

— De rendre progressivement à l’Europe une personnalité qui lui permettrait de se maintenir dans un monde dominé par la rivalité des deux grandes puissances sorties de la guerre. De cette façon on espérait aussi rendre plus crédible la voix de la France.

— De s’assurer que cette Europe-là bénéficierait de la protection et de l’aide des États-Unis d’Amérique et de faire de Paris l’interlocuteur préférentiel de Washington.

— De tenir donc, si possible, les Anglais à l’écart et de mettre l’accent non pas sur « l’entente cordiale », mais sur la coopération franco-allemande.

Les milieux politiques étaient de plus en plus conscients du fait que les liens avec les voisins allemands allaient se développer plus vite que les liens avec l’Angleterre. Ainsi, la visite officielle que la reine d’Angleterre fit à Paris en 1957, quelques jours après la signature du Traité de Rome, fut parfois qualifiée de visite d’adieu. Les espoirs nourris par P. Mendès-France de pouvoir mener la politique européenne avec le concours britannique ne devaient pas se réaliser et la participation de Londres à l’Union de l’Europe occidentale (U.E.O.) conçue comme un substitut à la défunte C.E.D. n’y pouvait rien changer. Un Européen aussi averti que Paul-Henri Spaak, lorsqu’il occupait la fonction de Secrétaire général de l’OTAN, disait en 1960 dans une conversation avec des journalistes : « La France a poursuivi, dès le début, l’objectif de tenir les Anglais à l’écart du continent ». Cette interprétation trop sommaire, en ce qu’elle ne distinguait pas entre la politique du général de Gaulle et celle de la IVe République était cependant juste dans la mesure où ni la conception gaulliste, ni celle des intégrationnistes européens n’admettaient la participation pleine et entière de la Grande-Bretagne. P. Mendès France a dû constater à plusieurs reprises pendant vingt ans que sa demande de faire l’Europe avec les Anglais ne fut appuyée que par une minorité.

Au début des années 50, lorsque cette conception européenne fut traduite dans la réalité, il existait en général un climat de confiance avec les États-Unis malgré quelques tensions qui se manifestaient notamment dans le domaine militaire.

Le gouvernement de Washington s’était déclaré en faveur des intentions françaises et ce n’était qu’en matière de décolonisation qu’apparaissaient de graves divergences. En Indochine, la France ne résistait pas aussi longtemps que Washington l’aurait souhaité et le repli français se faisait d’ailleurs avec l’aide des Soviétiques. En Algérie, par contre, la France résistait trop longtemps selon les Américains et l’expédition de Suez, menée de concert avec l’Angleterre et de connivence avec Israël, afin de renforcer les positions françaises en Afrique du Nord, provoqua un conflit avec Washington qui fut pourtant modéré du fait qu’à cette époque, la tension Paris-Moscou était encore plus aiguë. […] »

Lisez la suite de l’article ici.

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