Les 7 péchés capitaux du chef militaire

Cette recension a été publiée dans le numéro d’hiver de Politique étrangère (n° 4/2017). Rémy Hémez propose une analyse de l’ouvrage de Gilles Haberey et Hugues Perot, Les 7 péchés capitaux du chef militaire. Les plus grandes erreurs tactiques de l’Antiquité à nos jours (Éditions Pierre de Taillac, 2017, 258 pages).

Après avoir publié L’Art de conduire une bataille[1] (2016) qui présente les méthodes les plus efficaces pour vaincre un ennemi, Gilles Haberey et Hugues Perot, tous deux saint-cyriens et officiers de l’armée de Terre, s’attachent à analyser les sept erreurs tactiques majeures pouvant conduire à la défaite.

Les péchés capitaux du tacticien identifiés par les auteurs sont : « s’engager sans renseignement » ; « se laisser imposer le terrain » ; « subir le rythme de l’adversaire » ; « sous-estimer son ennemi » ; « manquer d’audace » ; « s’obstiner inutilement » ; « céder à la panique ». Chacune de ces erreurs fatales est ici définie, replacée dans l’histoire de la guerre, et illustrée par deux ou trois études de batailles.

Les cas choisis couvrent une vaste période, de l’Antiquité (Carrhes, 53 av. J.-C.) à la guerre d’Indochine (Cao Bang, 1950). Ils incluent des « classiques », que l’on redécouvre souvent sous une autre facette, comme la bataille de Yorktown (1781) ou celle de la poche de Falaise (1944). D’autres cas d’espèce sont beaucoup moins connus. C’est le cas des affrontements édifiants de la forêt de Hürtgen (19 septembre 1944-10 février 1945), où les soldats américains combattent les Allemands dans un massif forestier à proximité de la frontière entre la Belgique et l’Allemagne. Eisenhower qualifiait cette bataille de plus longue et plus sanglante que l’US Army ait eue à mener en Europe. L’obstination inutile du commandement américain, alors qu’un contournement du secteur était envisageable, y a entraîné un des taux de pertes les plus élevés des deux conflits mondiaux pour une bataille de ce type : 25 %.

Chaque cas d’étude est organisé selon le même plan efficace que dans le précédent volume: d’abord présentation de la situation générale, puis description des forces en présence et des intentions, déroulement de la bataille, et enfin enseignements tactiques à en tirer. L’idée n’est pas d’avoir une vision complète et définitive de chaque bataille, mais de replacer celle-ci dans la perspective plus vaste de la tactique, et d’ouvrir des pistes de réflexion. Chaque analyse de bataille est accompagnée de plusieurs cartes, claires et détaillées. On regrettera cependant, comme pour le précédent opus, que les recherches complémentaires ne soient guère favorisées par la courte bibliographie qui figure après chaque cas d’étude, celle qui se trouve en fin d’ouvrage restant trop succincte.

Comme d’habitude chez les éditions Pierre de Taillac, la présentation du livre est soignée et agréable. Le style des auteurs est pédagogique. Ce nouvel opus évite un sentiment de déjà lu, et sa lecture est recommandée à tous ceux qui veulent mieux comprendre l’histoire militaire. Les praticiens de tous grades gagneraient à s’imprégner de cet ouvrage pour donner enfin tort à Ésope : « C’est souvent nous qui donnons à nos ennemis les moyens de notre propre destruction »…

Rémy Hémez

[1]. Cet ouvrage a fait l’objet d’une recension dans le n° 4/2016 de Politique étrangère.

 

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