Brexit & Ireland

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2018). Marie-Claire Considère-Charon propose une analyse de l’ouvrage de Tony Connelly, Brexit & Ireland: The Dangers, the Opportunities, and the Inside Story of the Irish Response (Penguin Ireland, 2017, 384 pages).

L’ouvrage de Tony Connelly, journaliste et reporter à la radio irlandaise RTE, retrace l’évolution du processus de négociation du Brexit au prisme des intérêts irlandais et de cette relation unique avec le Royaume-Uni initiée par le traité anglo-irlandais de 1921, mise à l’épreuve par les trois décennies des Troubles, renforcée par une adhésion conjointe à la Communauté européenne en 1973, et enfin apaisée depuis l’aboutissement du processus de paix en Irlande du Nord et l’accord du Vendredi saint de 1998.

L’auteur s’emploie à suivre l’actualité du Brexit au niveau des pourparlers officiels tout en réalisant un travail sur le terrain auprès de représentants irlandais et nord-irlandais de filières et de sociétés très exposées aux « dommages collatéraux ».

Le récit commence avec l’annonce faite en janvier 2013 par David Cameron d’un référendum sur un éventuel retrait britannique de l’UE, et couvre la première phase des négociations jusqu’à l’automne 2017. Les 16 courts chapitres nous livrent des analyses très fournies, étayées de nombreux exemples et anecdotes qui, au risque de rompre le fil de la narration, aident le lecteur à percevoir les répercussions du Brexit à de multiples niveaux (institutionnel, économique, social et juridique).

Chiffres à l’appui, Connelly montre combien les économies de l’Irlande et du Royaume-Uni sont devenues, ces dernières décennies, interdépendantes et complémentaires. Le Royaume-Uni est un partenaire vital pour l’Irlande en matière de débouchés pour ses exportations dans les secteurs de l’agro-alimentaire (fruits, légumes viandes et produits laitiers) et des services. Cette relation serait fort mise à mal par l’instauration de tarifs douaniers et d’une nouvelle réglementation britannique en matière de sécurité alimentaire.

La question ultra-sensible de la frontière irlandaise, qui conditionne la mise en place d’un accord définitif, a ici toute la place qu’elle mérite. L’UE a financé une multitude de projets transfrontaliers, qui ont favorisé de nouvelles relations intercommunautaires dans un climat de confiance. Le vote britannique, qui risque d’isoler l’Irlande du Nord de l’UE, a fait resurgir le spectre du retour d’une frontière physique entre les deux Irlande comme limite extérieure obligée, alors que la fluidité des échanges l’avait rendue quasiment inexistante depuis l’accord du Vendredi saint. Ce retour, qui entraverait considérablement les échanges entre la République et l’Irlande du Nord, risquerait fort de raviver les tensions intercommunautaires et de porter un coup fatal au processus de paix. On peut également s’interroger sur le maintien de la zone commune de voyage entre l’Irlande et le Royaume-Uni, mise en place en 1923 et renforcée par l’accord du Vendredi Saint, qui assure la libre-circulation des citoyens britanniques et irlandais.

La démarche de l’histoire immédiate, à la charnière entre passé et présent, constitue un défi particulièrement difficile à relever. Les Anglais aiment à dire que « le diable est dans le détail ». Si les difficultés et les blocages que traversent les négociateurs du retrait britannique le montrent à foison, il en va de même à la lecture de cet ouvrage touffu où l’auteur s’efforce de cerner une réalité mouvante dans toute sa multiplicité et sa complexité.

Marie-Claire Considère-Charon

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