Jihad : des origines religieuses à l’idéologie

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2018). Héloïse-Anne Heuls propose une analyse de l’ouvrage de Myriam Benraad, Jihad : des origines religieuses à l’idéologie. Idées reçues sur une notion controversée (Le Cavalier bleu, 2018, 216 pages).

Briser les clichés, creuser les complexités et défaire les stéréotypes qui s’accumulent autour de la notion de djihad, telle est l’ambition du dernier ouvrage de Myriam Benraad, professeur de science politique à l’université de Leyde aux Pays-Bas. Cette spécialiste du monde arabe n’en est pas à son coup d’essai. Auteur déjà reconnue, forte d’une production riche sur un sujet qu’elle décortique depuis plusieurs années, elle s’évertue à redonner un sens à un terme entré dans le langage commun depuis les attentats du 11 septembre 2001, et dévoyé de son sens initial parce que trop souvent banalisé.

La démonstration de Myriam Benraad passe par la déconstruction minutieuse de vingt idées reçues. L’auteur y rappelle les différences fondamentales existant entre les notions théologiques et idéologiques, entre les considérations religieuses et l’ensemble des militances politiques. À coups d’arguments historiques, sémantiques, politiques et sociologiques, elle rappelle que causes et expressions du djihadisme sont multiples.

Dans son dernier chapitre, l’auteur revient sur la notion de déradicalisation, qui inonde la sphère publique française depuis les attaques menées à Toulouse et Montauban par Mohammed Merah, en mars 2012. Elle rappelle en outre que de nombreux programmes ont été mis en place dans différents pays, de l’Arabie Saoudite à l’Angleterre, en passant par les Pays-Bas et l’Égypte, afin d’endiguer les velléités terroristes. Si les études scientifiques sur le sujet restent floues et éparses, la lutte contre la radicalisation est un impératif premier pour de nombreux États, dont l’objectif est de réduire l’engagement de ceux qui défendent leurs arguments dans la violence.

La conclusion de l’ouvrage est sans appel : tenter de trouver des lieux communs et définir le profil d’un « djihadiste type » relève de l’impensable, quand on sait par ailleurs que l’abondance de la littérature sur le sujet empêche tout lieu commun. Si le djihad ne peut se réduire à une notion guerrière et violente, l’emploi de ce concept, emprunté à la littérature religieuse, devrait faire l’objet de précautions particulières pour ne pas susciter la controverse. D’une notion religieuse plutôt mineure, les idéologues du djihad comme Abdallah Azzam, Sayyid Qutb, ou Oussama ben Laden, sont parvenus à argumenter une doctrine autoritaire.

Enfin, comme l’écrit si justement Myriam Benraad, la complexité des sens empruntés par le djihadisme est difficilement adaptable aux enjeux médiatiques, qui obligent à la vulgarisation. C’est donc un appel aux précautions et à la connaissance que lance, dans son dernier ouvrage, la spécialiste du monde arabe, poussant ceux qui usent de concepts à ne pas les dénaturer de leurs substrats matriciels.

Héloïse-Anne Heuls

S’abonner à Politique étrangère

Ce contenu a été publié dans Revue des livres, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.