Les 10 préjugés qui nous mènent au désastre économique et financier

Cette recension a été publiée dans le numéro d’été de Politique étrangère (n° 2/2019). Norbert Gaillard propose une analyse de l’ouvrage de Jacques de Larosière, Les 10 préjugés qui nous mènent au désastre économique et financier (Odile Jacob, 2018, 216 pages).

Jacques de Larosière, directeur général du Fonds monétaire international (FMI) de 1978 à 1987 puis gouverneur de la Banque de France jusqu’en 1993, remet en cause dix dogmes à l’origine de l’instabilité économique et financière de ces dernières décennies.

Les trois premiers chapitres constituent une attaque en règle contre les politiques monétaires accommodantes menées aux États-Unis depuis les années 1990. Loin de favoriser la croissance du PIB, les taux d’intérêt excessivement bas ont alimenté le surendettement des ménages et des entreprises, la spéculation et la création de bulles sur les marchés financiers et dans l’immobilier. Les politiques de taux zéro sont également un défi majeur pour le financement de l’économie à long terme : elles représentent par exemple un danger pour les compagnies d’assurances et les fonds de pension, en difficulté pour délivrer les rendements attendus par leurs assurés et clients.

Ces politiques monétaires accommodantes, combinées à la financiarisation des économies, ont par ailleurs accru les pouvoirs des grandes banques. Celles-ci ont non seulement abusé des effets de levier et accumulé les actifs hors bilan, mais aussi négligé la gestion des risques. Le spectre de l’aléa moral s’est matérialisé lors de la crise de 2007-2008, puisqu’il a fallu renflouer ces institutions devenues too big to fail. Les solutions avancées pour contenir ce fléau incluent le durcissement des exigences en fonds propres, le renforcement de la supervision bancaire, et la nécessité de solliciter les créanciers et les actionnaires avant tout renflouement public. L’auteur déplore en outre l’absence d’un système monétaire international. L’effondrement de Bretton Woods en 1973 a sapé le multilatéralisme et ouvert la voie aux égoïsmes nationaux qui n’ont fait que s’exacerber au fil des années.

La deuxième partie de l’ouvrage analyse la situation en France et en Europe. Les déficits budgétaires chroniques enregistrés par la France depuis plus de quarante ans apparaissent comme une solution de facilité servant à compenser une incapacité à réformer le pays et à réduire les dépenses. Fruit d’un keynésianisme dévoyé, le choix de l’endettement public menace les générations futures. La dégradation continue de la balance commerciale française est tout aussi inquiétante. Elle reflète l’investissement insuffisant dans le capital humain, la carence en matière d’innovation, et la fragilité de nos PME. Les sempiternels débats sur les retraites peinent à accoucher de mesures fortes et crédibles, telles que le développement d’un système par capitalisation ou le relèvement de l’âge de la retraite.

Enfin, l’auteur rappelle que l’Union économique et monétaire (UEM), encore en chantier, doit être approfondie par la création d’un budget propre à la zone euro, et la transformation du Mécanisme européen de stabilité (MES) en véritable fonds monétaire européen relevant du droit communautaire.

Cet essai, remarquablement clair et synthétique, démontre l’échec du consensus mou qui s’est imposé des deux côtés de l’Atlantique, en particulier parmi les économistes. Il pose également les bases d’un vrai renouveau politique dans nos sociétés occidentales.

Norbert Gaillard

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